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Le billet de Marc FAYET : La grande petite histoireLaurent_Fignon.jpg
 
Il y a des dates qui ont cette capacité extraordinaire de s’imprimer définitivement dans nos mémoires. Ces dates inoubliables sont souvent reliées à un événement historique mais confortées par un autre parfois bien mineur, tout dépend de l’endroit où on se place. Pierre Desproges avec son humour sans concession le racontait d’ailleurs très bien « Le jour du récent tremblement de terre de Mexico, le gamin de mon charcutier s’est coupé un auriculaire en jouant avec la machine à jambon. Quand cet estimable commerçant évoque aujourd’hui cette date, que croyez-vous qu’il lui en reste ? Etais-ce le jour de la mort de milliers de gens Inconnus ? Ou bien étais-ce le jour du petit doigt ? »

Eh oui ! On ne se souvient fortement que de ce qui nous touche au plus près. Dans le prolongement de cette démonstration, je suis persuadé que si nous avons tous étés dernièrement frappés par une date, c’est celle du 2 Septembre 2010. Pour certains il s’agira des aveux d’Eric Woerth concernant le petit coup de pouce pour la Légion d’honneur de Patrice de Maistre, pour d’autres ce sera la première poignée de mains depuis longtemps entre Israéliens et Palestiniens pour une énième tentative de réconciliation et pour nous, j’entends les suiveurs, les coureurs, les professeurs,  les admirateurs, ce sera probablement la disparition comme une fatalité de Laurent Fignon. Non pas que les autres événements puissent nous désintéresser, mais celui qui nous permettra de nous souvenir de cette date sera sans conteste la mort de cet emblème du cyclisme des années 80.

Durant ce tour 2010 que nous venons de vivre et lorsque je tentais de suivre sur France télévision la retransmission des étapes, je n’ai pu m’empêcher en écoutant ce consultant au verbe cassant sous une voix brisée, de me souvenir de ses prédécesseurs tout aussi célèbres et qui comme lui et jusqu’au bout ont tenu à participer de ce grand rendez-vous sportif, tentant du mieux qu’ils pouvaient de vibrer une dernière fois aux exploits des nouveaux héros qui les avaient remplacés.

Jacques Anquetil en 1987 par exemple, tint malgré son cancer et ses traitements, à commenter le tour qui lui aussi fut le dernier. Et dans les Pyrénées, c’est là qu’il vit Erik Breukink emporter l’étape Bayonne-Pau du 13 Juillet et comment Charly Mottet se battit pour préserver son maillot jaune de leader. Puis je me souvins aussi de cet autre consultant légendaire qui commenta jusqu’au bout de ses forces et de sa mémoire le tour 1994, Robert Chapatte, qui près de Patrick Chêne enchaîna les malaises, parfois en direct et dû quitter le tour lors de cette 11ème étape du 13 Juillet… Dans les Pyrénées encore et après la victoire de Luc Leblanc,  c’était à Lourdes. On ne le revit plus jusqu’à sa mort en 1997.

Alors durant ce tour  2010 et tandis que j’observais Laurent Fignon lors de ces étapes Pyrénéennes Mythiques et prometteuses, commentant avec ferveur le triomphe des Français Riblon, Voeckler et Fedrigo, je ne pu m’empêcher d’y voir à nouveau un signe pas forcément morbide, mais venant alimenter la grande histoire de ce sport où quelques voix sont venues résonner, jusqu’à se mettre dans le rouge : cuits, vidés, cramés qu’ils furent sans avoir l’assurance de repartir le lendemain, comme des coureurs qu’ils n’avaient jamais cessé d’être. Anquetil, Chapatte, Fignon sont presque morts devant nos yeux, poussant leur dernier souffle à nos oreilles qui jamais ne les oublieront.
 
Ces trois personnages avaient pour eux la science absolue du cyclisme et de ses méandres pour ne pas dire ses turpitudes. Jacques Anquetil avait toujours eu un certain goût de la provocation et une manière d’asséner un réalisme proverbial que Fignon prolongea à sa manière, en rajoutant cette note de cynisme plus en accord avec notre époque. Cette particularité qui leur attirait bien des inimitiés ne les empêchait nullement de montrer une véritable passion pour leur sport et les exploits qu’ils accomplirent pour lui presque au-delà du raisonnable.

Ces trois là avaient tout donné et c’est un cadeau pour nous qui ne sera jamais un fardeau, car ils permettent d’écrire la légende du cyclisme qu’on peut connaître ou pas, mais qui nous accompagnera toujours quelles que soient les mutations du futur. Alors étaient-ils conscients de leur contribution à cette légende ? Nul ne peut le dire mais ils y travaillèrent tout de même en laissant en écho quelques phrases à la hauteur de leur courage et de leur lucidité fut-elle ironique.  C’est Jacques Anquetil qui sur son lit d’hôpital avouait à Raymond Poulidor « Cette fois encore tu finiras deuxième » C’est Laurent Fignon qui dira à Thierry Adam avant de le quitter «  Tu sais, je crois bien que ce sprint là, je vais le perdre » tandis que Robert Chapatte au lendemain de sa défaillance à Lourdes offrit « Je me suis endormi à Lourdes et me suis réveillé à la Pitié ».

Alors, laissons leur les dernières pensées qu’on aura l’habileté de noter sur nos carnets afin de grossir encore la somme de mots d’esprit  ou de saint esprit, pour le grand livre qui saura raconter notre grande histoire, celle de nos vies cyclistes, ingrates et cruelles mais empreinte de cette dose d’humour qui fait toujours du bien à la postérité.
 
Marc Fayet
Septembre 2010

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