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UNCP - HistoirePortraits de grands championsChampions de FranceDes vélos et des hommes

Georges Speicher, viril et novateur

  

Il fut le premier homme à gagner la même année le Tour de France et le championnat du monde. C’était en 1933, au début de sa carrière. Portrait de Georges Speicher, jadis un prodige du dérailleur. 

  

Un champion, ce Speicher ? Non, un dandy, mais un dandy sachant se faire mal ! Un dandy bourré de classe, dont Paul Ruinart, son chaperon sous les couleurs du Vélo-Club de Levallois, aimait à dire qu’il possédait l’étoffe des plus grands. Qu’en a-t-il laissé ? Pour l’essentiel, un Tour de France, un championnat du monde, trois championnats de France et, officiellement, Paris-Roubaix en 1936. On écrit bien : officiellement, car chacun sait que cette victoire est due à la sottise d’un mauvais juge, lequel fut le seul à ne pas voir, au terme d’un sprint ardent, que le Belge Romain Maes avait précédé le Français d’une demi-roue ! Scandale énorme, gêne du pseudo vainqueur subitement gauche avec ses fleurs sur les bras… Pourtant, rien n’y fit, la chose jugée étant réglementairement sans appel. 


Dommage, vraiment, pour Maes. Mais dommage aussi pour Georges Speicher, qui méritait davantage qu’un bouquet artificiel — lui dont le nom symbolisait, à l’instar d’André Leducq, l’éclat, la force et la belle humeur. N’était-il pas tenu, en dépit de sa voix traînante, pour un impayable boute-en-train, très apprécié des dames ? Un type franc, qui avait vu le jour à Paris, en 1907, et causait sans complexe, dans la pure tradition des titis parisiens. Ainsi proférait-il qu’il devait ses puissantes épaules à la pratique assidue de la natation, le sport de sa jeunesse. Puis, en 1924, il s’était mis dans l’idée de trouver du boulot… Que faire ? On lui proposa un poste de coursier, entendez de livreur à bicyclette. Il sauta sur l’occasion, quitte à taire qu’il n’était jamais monté sur une selle ! « Comme j’avais besoin de gagner ma vie, je me suis néanmoins présenté, expliquerait-il un soir. Les premiers jours, je suivais au plus près les trottoirs, pédalant de la jambe gauche, et prenant appui de la droite sur l’asphalte ! »[1] Méthode comique, mais bigrement efficace. Conquis par cette machine infernale, Georges Speicher signa une licence amateur ! 


Fatalement, il s’arc-bouta, gagnant ses galons en région parisienne, puis passant chez les professionnels dès 1930, pour la formation Thomann-Dunlop, l’une des plus maigres du peloton. Mais Georges Speicher avait tellement de talent… On le comprit en 1931, lorsqu’il s’adjugea le Critérium des Aiglons, Paris-Arras et quatre étapes du Circuit de l’Ouest. Une saison pleine, en somme, qui lui valut, l’année suivante, d’être enrôlé sous la bannière nationale pour disputer le Tour de France. On sait comment s’acheva l’aventure : la victoire finale pour André Leducq, et quatre deuxièmes places d’étape pour le nouveau venu. Décidément, ce Speicher au style inimitable — Pierre Chany, sur la foi des observateurs de l’époque, parlerait d’un « coup de pédale ‘velouté’ »[2] —, ce Speicher, joyeux et viril, ne manquait pas d’enthousiasme… 


Henri Desgrange, le Patron (il faut la majuscule), le rappela dans l’équipe de France du Tour 1933. L’objectif ? Reconduire ce qui avait si parfaitement fonctionné les éditions précédentes avec les deux succès de Leducq et celui d’Antonin Magne. Mais Speicher, on l’a vu, était un électron libre. Parti pour servir, il œuvra pour Maurice Archambaud, maillot jaune neuf jours durant, puis se dégagea naturellement dans les Alpes où sa vista lui assura un précieux avantage. Parce que Georges Speicher, c’était cela : un bon rouleur, un bon sprinteur, un grimpeur doué et, surtout, un descendeur hors de pair qui rendait coup pour coup au formidable Learco Guerra, l’autre vedette italienne du moment, surnommée « la Locomotive humaine ». Et si Guerra, pour l’honneur, remportait le dernier sprint au Parc des Princes, le Titi de Paris n’en conservait pas moins son maillot jaune. L’ovation du public — son public — l’émut jusqu’aux larmes. 


Un seul grinchait : Desgrange. Nonobstant les ventes exceptionnelles de L’Auto, son journal et le journal organisateur, il mégotait aigrement, ne cachant point qu’il eût préféré le triomphe d’Archambaud. « On lui voudrait voir des moyens intellectuels, si j’ose dire, à la hauteur de ses vertus musculaires, qui sont tout à fait remarquables », continua-t-il.[3] Propos mesquins, dont les historiens feraient ensuite justice, soulignant au contraire que Georges Speicher, en garçon avisé, se passionnait pour les avancées technologiques. D’ailleurs, depuis deux ans, il maniait le dérailleur comme personne. Un atout providentiel tandis que le championnat du monde s’installait à Montlhéry… 


Ce fut souvent raconté : ce championnat du monde 1933, Georges Speicher n’aurait jamais dû le courir. Malgré sa victoire dans le Tour de France, il n’avait pas été sélectionné — et s’il s’en était d’abord offensé, sa bonne nature avait repris le dessus... Puis, l’avant-veille de l’épreuve, son compatriote Paul Chocque était tombé malade, obligeant les dirigeants fédéraux engager un remplaçant. Speicher ? L’intéressé, déniché dans un cinéma de Belleville, promit de remonter en selle. Il promit même d’attaquer dès le départ. « Pour me faire voir… »[4] 


Il tint parole, s’échappant deux fois dans le premier tour. Après deux heures de course, il caracolait toujours en tête, flanqué de Roger Lapébie et du Néerlandais Van der Ruit. Et, jouant à merveille de son dérailleur sur un tracé qui exigeait sans cesse des relances, il s’isola définitivement à 125 kilomètres de l’arrivée, acclamé par une foule tout acquise à sa cause. C’était l’exploit, absolu, phénoménal. Pour la première fois de l’histoire, un homme s’imposait dans le Tour de France et le championnat du monde. 


Inoubliable gloire, inoubliable circuit de Montlhéry où la rude côte Lapize ne consacrait que les meilleurs. Georges Speicher y reviendrait à plusieurs reprises pour y décrocher, en 1935, 1937, 1939, ses trois titres de champion de France. C’était un as. 

  

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.


Georges Speicher en bref 

 

Né le 8 juin 1907 à Paris. Décédé à Maisons-Laffitte le 24 janvier 1978.

Professionnel chez Thomann-Dunlop (1930 à 1932), Alcyon (1933 et 1934), France-Sport (1935), Alcyon (1936 à 1938), Mercier (1939 à 1943), Alcyon (1944).

Principales victoires : Critérium des Aiglons 1931 ; Paris-Arras 1931 ; Tour de France 1933 ; Championnat du monde 1933 ; Championnat de France 1935, 1937, 1939 ; Paris-Angers 1935 ; Paris-Rennes 1935 ; Paris-Roubaix 1936 ; Grand Prix de L’Écho d’Alger 1936. Lauréat du Challenge Yellow 1937. Vainqueur de neuf étapes dans le Tour de France (trois en 1933, cinq en 1934, une en 1935).



[1] P. Chany, La Fabuleuse histoire du Tour de France, ODIL, p. 270.

[2] Ibid.

[3] In L’Auto, 23 juillet 1933.

[4] P. Chany, La Fabuleuse histoire des classiques, ODIL, p. 720

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