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UNCP - HistoirePortraits de grands championsChampions de FranceDes vélos et des hommes

André Le Dissez, irrésistible facteur...

  

Il fut l’un des coureurs les plus drôles et les plus aimés du cyclisme français. Il ne manquait pas de talent et gagna une étape du Tour. Portrait d’André Le Dissez, que tout le monde surnommait « le facteur »… 

  

L’affaire est entendue : c’était un chic type ! Un joyeux, d’abord né au fond de la Bretagne, à Plougonven, en 1929, puis né une seconde fois en 1935, lorsque son père,  veilleur de nuit dans une manufacture de tabac, invita les siens à rejoindre Paris. Que l’on imagine l’étonnement du petit André Le Dissez accroché aux jupes de sa mère… À perte de vue, des immeubles, des rues bouchées, des gens courant en tout sens et parlant une langue qu’il ne comprenait pas… « Pep tra a zo mat a zo mat da gaout… » « Tout ce qui est bon est bon à prendre », soufflerait sa première institutrice, elle-même originaire de Bretagne. La suite s’écrirait prestement : douze ans après, celui qui était devenu facteur-télégraphiste dans les bureaux de poste parisien connaissait la capitale comme sa poche ! Un « Titi » authentique, bavard, fantaisiste et enjoué, servi par un sourire avantageux, une taille bien mise (1,78 mètre, 70 kilos), que remarquaient les jeunes filles ! Ah ! le bonheur de ces printemps, dans la paix retrouvée… Son biographe, Didier Béoutis, l’a raconté page à page, pas à pas, célébrant ainsi une vie que la clairvoyance transformerait en destin. « C’est alors qu’André réalise qu’il se sent à l’aise à bicyclette, et aussi qu’il va plus vite et sans grands efforts que les autres cyclistes », explique-t-il.[1] Nous sommes en 1948 ; l’intéressé a signé sa première licence à l’Union sportive de la Boucherie. Il s’entraîne, court, se pique au jeu. Puis sonne l’heure de sa première victoire, à Fresnes, en 1949, suivie par quatre autres, en 1950 : d’aimables passe-temps annonçant une lente mais sûre montée en puissance. Ne devient-il pas, à partir de 1953, un pilier des sélections nationales amateur, du reste champion de France de poursuite individuelle en 1954, champion de France de poursuite par équipe en 1956, mais en outre un excellent routier, vainqueur de Paris-Caen et du Souvenir Camille-Danguillaume en 1954, de Paris-Rouen en 1956 ? Sans compter, évidemment, ses nombreuses places d’honneur dans le championnat de France où il réussit un impressionnant tir groupé : cinquième en 1953, quatrième en 1954, troisième en 1956. Et puis, comment oublier qu’à deux reprises, en 1953, à Lugano, et l’année suivante, à Solingen, il a longuement pesé sur le championnats du monde, n’étant rattrapé qu’à huit cents mètres de la ligne sur le circuit suisse, puis terminant quatrième en Allemagne, à la veille du sacre de Bobet. Bref, un cador, du moins au niveau amateur… 


Pourquoi ne franchissait-il point le Rubicon ? Question d’ambition et question d’intérêt... Infiniment solide, mais finalement peu doué pour la gloire, ce boute-en-train, toujours salarié du ministère de P.T.T., préférait la sécurité de l’emploi et ses primes de course, aux sirènes du professionnalisme. Une prudence paysanne, dirait-on, et l’idée qu’il faut savoir se contenter de son sort… Aussi avait-il refusé les offres d’Antonin Magne, le directeur sportif des Mercier, lequel lui proposait rien moins qu’une participation au Tour de France ! Mais, qu’aurait-il été faire dans cette galère ? Déjà, en 1957, il avait pris une licence d’indépendant, disputant Paris-Nice, du 12 au 17 mars, le Tour du Sud-Est, du 23 au 30 mai, puis le Critérium du Dauphiné, à partir du 8 juin. Des épreuves exigeantes, qui le renseignaient sur la difficulté de son sport à l’échelon supérieur… Sauf que le 11 juin, dans la quatrième étape de ce Dauphiné, il sortit seul derrière les échappés et réalisa, stricto sensu, le meilleur temps dans l’ascension du Ventoux. « Nous ne savions pas le Parisien aussi bon grimpeur, ni aussi entreprenant ! Sur sa condition physique actuelle, il peut envisager le Tour de France avec confiance », pronostiqua derechef Pierre Chany.[2] En brave, André Le Dissez se laissa tenter. Le 26 juin, il s’engagea sous les couleurs d’Alcyon. Le 27, il s’alignait au départ du premier de ses cinq Tours de France.


Il resta deux saisons chez Alcyon. Sa période d’apprentissage, avant d’endosser, jusqu’en 1965, la fameuse tunique violine du groupe Mercier où il aurait notamment pour rôle d’épauler Raymond Poulidor. Et pour rôle, également, d’insuffler une irrésistible belle humeur à chaque instant de la journée. « Il entra dans mon équipe, en conservant une âme d’amateur. Blagueur et plein d’entrain, précieux par l’expérience qu’il apportait aux jeunes que l’ambition dévorait, il entretenait le moral de mes boys par ses réparties cocasses. Ce charmant garçon avait à la fois le culte de l’amitié et du ?maillot” qu’il portait », résuma Antonin Magne.[3] Pour sa part, Roger Frankeur, dans L’Équipe, ne manqua pas de saluer « l’esprit le plus vif, le plus cocasse de la caravane », assurant même que « Géminiani n’aurait pas le dernier mot avec ce Breton de Paris. »[4] De fait, celui que l’ensemble du peloton surnommait « le facteur » était un coureur unique en son genre — le seul qui pût exercer sérieusement son métier sans jamais se prendre au sérieux ! C’est au point que son principal succès professionnel eut pour cadre la quatorzième étape du Tour de France 1959, tracée entre Aurillac et Clermont-Ferrand, sur 231 kilomètres. Un raid interminable, ponctué par 54 bornes d’échappée solitaire, le rouleur Gérard Saint revenu sur ses basques, à quatorze minuscules secondes. « Son visage tendu, où la fatigue avait mis son empreinte, conservait pourtant, à la pointe du nez retroussé et dans la lueur des yeux, toute sa malice. Il n’y a que Le Dissez pour nous faire cela : un exploit qui possède, par surcroît, la saveur d’une bonne blague », devait signer Michel Clare.[5] Bien sûr, le légendaire Antoine Blondin ne fut pas ingrat, qui cisela aussitôt l’un de ses titres les plus admirés : « L’Iliade et Le Dissez ».[6]  À la stupéfaction générale, le champion en resta bouche bée. 

  

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.


André Le Dissez en bref 

 

Né le 11 novembre 1929 à Plougonven. 

Professionnel chez Alcyon (1957 et 1958), Mercier (1959 à 1965). 

Principales victoires : Prix de Saint-Renan 1958 ; Prix de Treignac 1958 ; 14e étape du Tour de France 1959 ; Grand Prix de Névez 1961 ; Grand Prix de Sévignac 1964 ; Polymultipliée 1964.  

   


[1] Didier Béoutis, André Le Dissez. Le joyeux facteur des pelotons cyclistes, 2014, p. 21.

[2] Cité par Didier Béoutis, André Le Dissez, op. cit., p. 47.

[3] Antonin Magne, Poulidor et moi, Del Duca, 1968, p. 44.

[4] L’Équipe, 6 juillet 1958.

[5] L’Équipe, 10 juillet 1959.

[6] Ibid.

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