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UNCP - HistoirePortraits de grands championsChampions de FranceDes vélos et des hommes

Pingeon Roger

Roger Pingeon, certains jours étincelant...
 
C’était un athlète étincelant mais fragile qui osa défier Merckx et Ocana. Rouleur et grimpeur, il inscrivit à son palmarès le Tour de France puis le Tour d’Espagne. Portrait d’un champion que ses contemporains admiraient… 
 
Du temps qu’il tenait un magasin de fleurs, il fit cet aveu : «  Sans le Tour de France, j’aurais été un homme comme les autres. »[1] Sans doute Roger Pingeon pensait-il : un plombier zingueur laborieux et discret, puisqu’il avait entamé sa vie d’adulte un chalumeau dans les mains. Ensuite, il avait connu la guerre d’Algérie, synonyme de vingt-six mois de service militaire. Lorsqu’il en revint, ce garçon timide découvrit avec soulagement qu’il restait ce qu’il ne croyait plus être : un espoir du cyclisme. Car il s’était fait, au début des années soixante, une réputation de routier certains jours étincelant… Qu’en était-il encore, après sa longue inactivité ? Il répondit en gagnant la Polymultipliée Lyonnaise 1964, épreuve sélective, qui exigeait du talent. Dans la foulée, il passa professionnel sous le maillot blanc à damiers des Peugeot où dominait Tom Simpson, vainqueur du championnat du monde et du Tour de Lombardie. Puis arriva un nommé Eddy Merckx, nouvelle recrue de l’équipe française. Deux saisons durant, Roger Pingeon déjeunerait à sa table. Ce serait assez pour comprendre ce que le génie voulait dire.
Régner face à Merckx ? Il ne fallait point y songer. Mais, creuser son sillon, accomplir sa propre destinée, voilà à quoi le Bugiste, né à Hauteville en 1940, était invité. Ce qui signifiait qu’il devait imposer, non seulement son talent, mais son indiscutable singularité… Parce que ses pairs le murmuraient déjà : un drôle de type… Bon bougre, assurément, et intelligent, mais sensible comme une corde trop tendue. Brossant son portrait, le journaliste Robert Silva soulignerait d’innombrables « états d’âme », « une sainte horreur de l’injustice » et « la friabilité de son moral, presque maladive »[2]. En somme, rien qui ne fût très engageant dans un monde qui demeurait, par essence, celui de la force brute. Sauf que Roger Pingeon était fort, lui aussi — d’une force qui lui ressemblait, non point lourde mais tranchante. Qu’on imagine la morsure d’une lame, la brûlure du fouet : tel apparaissait ce champion, quand il atteignait les sommets. Et Dieu sait s’il les atteignit rapidement ! Dès 1965, notre néo-professionnel termina cinquième du Dauphiné-Libéré, cinquième du Grand Prix des Nations et douzième de son premier Tour de France, après avoir fini deuxième de l’étape de Bordeaux, troisième à Perpignan et troisième du chrono décisif, au mont-Revard. Manifestement, il roulait, il grimpait, il tenait trois semaines. C’était un vif-argent, taillé pour les Tours…
Il enleva celui de 1967, au soir d’une offensive devenue légendaire — « le truc le plus fabuleux auquel j’ai assisté dans le Tour », affirmerait Raymond Poulidor, qui pourtant en avait beaucoup vu[3]. De fait, à Jambes, le mardi 4 juillet, l’étonnement, l’admiration, le respect se lisaient sur tous les visages. Michel Clare insistait : « un des plus ahurissants exploits du cyclisme moderne. »[4] Et d’expliquer comment le futur maillot jaune, sorti seul derrière un groupe de douze fuyards, était facilement revenu sur l’échappée, malgré des relayeurs qui s’appelaient Van Looy, Van de Kerkhove, Van der Vleuten, Polidori, Riotte et Letort. Mais personne n’existait pour ce héros en état de grâce. Dans la rude côte pavée de Thuin, les mains au bas du guidon, il força à peine le rythme — impression étrange d’un elfe qui s’envole irrésistiblement, comme les Koblet et Coppi de jadis. Soixante kilomètre plus loin, Raymond Riotte, son dauphin, rendait une minute et demie ; Poulidor et Gimondi, les favoris, en perdaient six. La course était jouée.
Il devint un homme en vue et un coureur redouté. Pour l’homme, chacun savait : un « faux calme »[5] (l’expression, très juste, est du reporter Michel Thierry) qui évoquait d’une voix pondérée les mille craintes dont il chargeait sa jeune carrière. Au moindre coup de froid, par exemple, il renonçait à défendre son rang, persuadé qu’il souffrirait bientôt de ses bronches ou de sa jambe droite, prétendues fragiles. D’où des performances en dents-de-scie, et l’idée simpliste qu’il n’était qu’un songe-creux. Or, quel géant, dans ses beaux jours ! En 1968, il gagna deux étapes du Tour, achevant en cinquième position à Paris. En 1969, lors d’une Vuelta particulièrement disputée, il tint tête à Luis Ocana dans les cols et dans les contre-la-montre. Résultat ? Deux nouvelles étapes et le maillot amarillo pour finir, avec 1 mn 54 sec d’avance sur le phénomène castillan. Puis il y eut, pendant l’été 1969, son bras de fer avec l’extraordinaire Eddy Merckx. Évidemment, il dut lâcher prise, et céder près de dix-huit minutes à Paris. Mais Poulidor, troisième, en cédait plus de vingt-deux, Gimondi vingt-neuf ! Ce qui revient à dire que Roger Pingeon s’était montré le meilleur derrière le dieu belge, confirmant ainsi sa haute valeur athlétique. D’ailleurs, quel coude à coude, inoubliable, sur les rampes de la Forclaz ! Pour la première fois, Merckx n’imprimait pas l’allure ! Quant au sprint… Pingeon, rageur, eut la puissance de vaincre l’invincible à Chamonix. Ce fut son chant du cygne, magnifique.
Pourquoi disparut-il par la suite ? Son moral, toujours. Moins aimé que Poulidor, et même moins estimé, Roger Pingeon se débattait dans des tourments intérieurs. Une médiocre saison, en 1970, suffit à l’entraîner vers le fond ; fin 1974, il se retira, dérouté, déroutant. Ce n’est qu’après, longtemps après, qu’il entendit Raymond Poulidor témoigner : « Quand vous interrogez Eddy Merckx, celui qui l’a le plus impressionné, c’est Pingeon. Franchement, quand Roger envoyait les 'ripatons', c’était quelque chose… »[6]
 

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.

  
Roger Pingeon en bref  

  • Né le 28 août 1940 à Hauteville.
  • Professionnel chez Peugeot (1965 à 1972), Rokado (1973), Jobo-Lejeune (1974).
  • Principales victoires : 1re étape du Critérium national 1966 ; 2e étape de Paris-Luxembourg 1967 ; 5e étape et classement final du Tour de France 1967 ; 15e et 18e étapes du Tour de France 1968 ; 12e et 14e étapes et classement final du Tour d’Espagne 1969 ; 9e étape du Tour de France 1969 ; 1re étape du Dauphiné 1972 ; Grand Prix de Plumelec 1974.



[1]Le Tour a 75 ans, L’Équipe, 1978, p. 170.
[2]Ibid., p. 169.
[3]L’Équipe du 1er juillet 2010.
[4]L’Équipe du 5 juillet 1967.
[5]L’Équipe du 24 juillet 1967.
[6]L’Équipe du 1er juillet 2010.

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