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Graczyk Jean

Jean Graczyk, pour assurer le coup...


À deux reprises, il décrocha le maillot vert, ce qui fit de lui une vedette. C'était au temps d'Anquetil, de Darrigade et de Van Looy. Autant dire que ce routier-sprinter avait fort à faire. Portrait de Jean Graczyk, que tout le monde surnommait ' Popof '...

Il paraît qu'il avait bonne mine et que lui-même en convenait. ' Ah ! Pierre, qu'est-ce que je suis con ! Qu'est-ce que je suis con ! '1 Pour son malheur, le Pierre en question, comprenez Pierre Chany, ne le lui envoyait pas dire ! C'était en 1960, à l'arrivée d'un Milan-San Remo historique, bouclé à la moyenne de 42,640 kilomètres-heure. Rescapé d'une interminable échappée, l'Ardéchois René Privat l'avait emporté, ce qui était pure justice. Mais, Dieu qu'il avait eu chaud ! À ses trousses, en effet, un certain Jean Graczyk s'était lancé, qui se rapprochait très rapidement, et qui n'aurait pas manqué de le régler au sprint... Puis, dans la descente sinueuse du Poggio, que les coureurs avalaient pour la première fois, celui que tout le monde surnommait ' Popof ' avait glissé maladroitement. Relevé écorché, il n'avait eu que le temps de sauver sa deuxième place. Et de remâcher ses regrets...

Ces regrets nécessitent qu'on s'attarde... Imaginez-vous que Popof, avant le départ, avait pris la résolution méritoire de disputer ce Milan-San Remo à ' l'eau claire '. C'était un défi et une promesse faite à Pierre Chany, le principal narrateur de l'époque. Rappelons-le : en 1960, le ' doping ' n'étant pas légalement répréhensible, chacun ' salait la soupe ' en fonction de ses goûts, de sa forme, sa classe, ses besoins, sa santé. Bref ! les amphétamines servaient à tous, sauf à quelques idéalistes. Pourquoi, diantre ! Popof décida-t-il de renforcer cette maigre troupe ? Parce que Pierre Chany l'avait convaincu que son organisme, singulière boule de nerfs, ne supportait pas l'usage de la ' charge '... D'ailleurs, à l'eau minérale, Popof venait de s'offrir une belle étape de Paris-Nice. ' Conforté, témoigna Pierre Chany, je lui propose de prolonger l'expérience jusqu'à Milan-San Remo. En vérité, il avait une bonne chance de gagner parce qu'il allait vite au sprint et qu'il voltigeait dans les bosses. Sûr qu'il ne pouvait être battu, avant le Capo Berta, je remonte donc le peloton. Et là, qu'est-ce que je vois ? Il avait les yeux qui lui sortaient de la tête !
' Tu as fait le con ! toi, lui dis-je aussitôt.
— Juste pour assurer, Pierre. C'est juste pour assurer le coup !' '.
On connaît l'épilogue : une contre-attaque puissante soutenue jusqu'au sommet du Poggio, puis son élan mal contrôlé, alors qu'il revenait sur Privat. Voilà comment un authentique routier-sprinter échoua dans la classique d'élection. Il ne retrouva jamais une telle occasion.

 Il ne faudrait néanmoins pas réduire Jean Graczyk au dopage. D'abord, la chute dramatique de Roger Rivière allait bientôt confirmer que les meilleurs se dopaient sans vergogne ; ensuite, il est manifeste que ce fils d'émigrés polonais bénéficiait d'un talent supérieur, digne des patrons du cyclisme français. En l'espèce, comment ne pas voir que Jean Graczyk, né en 1933, pouvait réellement tout faire sur deux roues ? Depuis plusieurs saisons, il trustait les succès amateurs, régnant sur la route comme sur la piste, et défendant, en 1956, les couleurs nationales aux Jeux olympiques (médaillé d'argent en poursuite par équipes) puis au championnat du monde (seizième à Copenhague). Son passage chez les professionnels, l'année suivante, ratifia ce que l'on savait déjà : un vif-argent, avec cette particularité d'être plus blond encore qu'André Darrigade et pareillement rapide ! D'où une honorable série de victoires, tantôt raflées au sprint - il endossa le maillot vert dès 1958 -, tantôt acquises en solitaire car Popof, bel et bien, multipliait les talents. À son pinacle, c'est-à-dire en 1960, non seulement il termina deuxième de Milan-San Remo ; il gagna le Critérium National, quatre étapes et le classement par points du Tour de France, une étape et le classement par points du Critérium du Dauphiné-Libéré ; il finit en outre deuxième du Tour des Flandres, troisième de Paris-Bruxelles, cinquième de Liège-Bastogne-Liège et du Week-End ardennais. Étonnez-vous, après cela, qu'il ait inscrit son nom au palmarès du Super Prestige Pernod. Dans ses grands jours, Jean Graczyk donnait la leçon.

 Pourtant, que de vedettes à l'horizon... On le répète : il y avait l'incontournable Darrigade, son partenaire chez Helyett-Potin, Leroux-Helyett puis Margnat-Paloma, mais son rival dans la quête du maillot vert. Il y avait aussi l'Allemand Rudi Altig, le Néerlandais Jan Janssen, les Belges Rik Van Looy, Willy Planckaert, Noël Foré, Gilbert Desmet et Willy Vannitsen, son bourreau dans la Flèche Wallonne 1961 où il conclut  - mauvaise manie - en deuxième position. Sans parler de sa seigneurie Jacques Anquetil, qu'il devait servir de mars à juillet. Dans ces conditions, que Jean Graczyk ait tiré son épingle du jeu, qu'il ait même brillé jusqu'en 1967, avant de prolonger sa carrière en courant le cachet, que Jean Graczyk, donc, se soit si longtemps acharné prouve qu'il était né pour ce sport - né pour ce monde, ses pratiques, ses bonheurs, ses secrets et ses hommes. Du reste, quiconque fréquentait le milieu assurait que l'éternel ' Popof ' était bon camarade, n'hésitant point à sacrifier ses chances personnelles au profit de l'équipe. Son palmarès en souffrit ; pas son enthousiasme ... Dès que s'achevait Paris-Tours, il se dépêchait d'organiser, dans sa Sologne voisine, de réconfortantes parties de chasses qui rassemblaient journalistes et coureurs. Et comme ' Popof ' avait un rang à tenir, la rumeur prétend que, ' pour assurer le coup ', il choisissait des endroits réservés, sur lesquels ses copains n'étaient pas bienvenus ! Encore une fois, ce n'était pas un saint. Ce n'était pas le diable non plus.

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.



Graczyk en bref

* Né le 26 mai 1933 à Neuvy-sur-Barangeon. Décédé le 27 juin 2004 à Vierzon.
* Professionnel chez Helyett (1957 à 1962), Margnat-Paloma (1963), Ford (1964 à 1966), Bic (1967 et 1968), Sonolor (1969, 1970), Individuel (1971), Rokado (1972).
* Principales victoires : Circuit des Six-Provinces du Sud-Est 1957 ; Paris-Nice-Rome 1959 ; Critérium National 1960 ; Rome-Naples-Rome 1961. Super Prestige Pernod 1960 + cinq étapes dans le Tour de France et classement par points en 1958 et 1960. Cinq étapes dans le Tour d'Espagne.



1 Pierre Chany, l'homme aux 50 Tours de France, Éd. Cristel, 1996, p. 93.s

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