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UNCP - HistoirePortraits de grands championsChampions de FranceDes vélos et des hommes

Henri Farman, pionnier invincible

  

Le monde entier a salué ses mérites, ceux d’un héros qui signa le premier voyage aérien de l’histoire. Mais c’était aussi un champion qui n’avait jamais été battu en tandem ! Portrait d’Henri Farman, le pistard… 


Oh ! ce n’était qu’une simple pièce d’archive, mais elle remuait tant de souvenirs… Elle stipulait précisément qu’Henri Farman, aviateur et constructeur d’avion né en 1874, avait paraphé le pouvoir donné par la société Moreux et Cie, le 21 mai 1931, pour la prochaine assemblée générale des actionnaires du comptoir des Approvisionnements de l’aviation et de l’aérostation. Autrement dit, un document officiel, en partie autographe, qui fut exhumé en juin 2013 à Paris lors d’une vente sur offres…[1] L’estimation ? 60 €, car il y avait belle lurette que le dénommé Henri Farman ne faisait plus recette… Or, quel champion, quel personnage, quel héros extraordinaire il avait été ! Un champion de la vélocipédie d’abord, parce que ce garçon, né à Paris en 1874 d’un père anglais et d’une mère française, avait grandi au rythme des exploits de Charles Terront, celui-ci vainqueur en 1884 de cinquante-cinq des soixante quatre épreuves qu’il devait disputer ! Bref, un surhomme, et d’autant plus étonnant qu’il se mouvait sur un engin à deux roues, encore appelé « bicycle » par certains, ou « vélocipède », ou « bicyclette ». En tout cas, une machinerie moderne mêlant la gomme et le fer — une machinerie en perpétuelle évolution, mais dont on savait depuis sa création par le baron Karl Drais, en 1817, qu’elle roulait plus vite qu’un cheval lancé au galop ! Sans doute le jeune Farman imagina-t-il cela : rouler plus vite qu’un cheval lancé au galop… 


Mais que n’imaginait-il pas ! Dans ce siècle trépidant, Henri Farman semblait tout connaître, tout pouvoir, tout promettre. C’était un sportsman selon la tradition britannique, sachant écrire, compter, raisonner, expliquer, et sachant peindre aussi. En outre, un athlète décidé qui rejoignit les vélodromes pour essayer à son tour la formidable panoplie des nouveaux chevaliers. Quand signa-t-il sa première licence ? Fut-il encouragé par Richard, son aîné, brillant ingénieur rêvant de prouesses mécaniques ? Croisa-t-il souvent le phénoménal Terront ? Et combien de victoires décrocha-t-il ? La vérité est que les sources solides sont muettes sur ces questions… Seule certitude : il entraîna dans l’aventure son frère cadet, Maurice, né le 21 mars 1877 et comme lui taillé pour la lutte. Pour le reste, n’émergent que les deux bribes datant de 1892, répétées en boucle par les chroniqueurs : son succès dans Paris-Clermont-Ferrand et son titre de champion de France de demi-fond. En fouillant davantage, on remarque qu’il gagna sur la route devant le Breton Jean-Marie Corre et le Britannique Charly Hoden. Quant à son sacre national, il l’obtint à Buffalo, au terme d’un match de 100 kilomètres tenu sur bicyclette, en individuel. La précision a son importance puisque Henri se ferait surtout applaudir aux côtés de son frère en écrasant la discipline du tandem. 


Inénarrable époque… Des tribunes bondées, des femmes en crinoline, des notables et le bon peuple, tous frissonnant d’admiration face à ces spectaculaires funambules. C’est peu dire que Henri et Maurice Farman excellaient ! Marcel Viollette l’a raconté : « Ils ne tardèrent pas à s’imposer comme les meilleurs. Ils avaient la réputation de casse-cou et jamais virages de vélodrome ne furent abordés avec plus de hardiesse par aucune autre équipe. Pendant tout le temps qu’ils montèrent ensemble, aussi bien en hiver qu’en été, ils ne connurent jamais la défaite et justifièrent le surnom d’“Équipe vierge” qu’on leur avait donné. Leur maillot jaune d’or était légendaire. Ils abandonnèrent la piste après une chute terrible à Ostende en 1896. »[2] Précieux témoignage, qui suffit à comprendre de quelle manière les deux Farman ont pesé à l’aube du sport cycliste. Maurice, lui-même champion de France de vitesse, sur 1 kilomètre, en 1894 — il devança alors la vedette Paul Médinger —, Maurice le compléterait dans une lettre, aussitôt publiée : « C’est probablement parce que nous étions à peu près de la même taille, de même poids, que nous avons eu les mêmes exercices et, surtout, parce que nous étions frères, que nous faisions une équipe homogène. J’ajouterai que nous ne sommes jamais monté en tandem sur route et que, sur piste, nous n’avions qu’une idée, celle de n’être jamais battus… pour conserver notre réputation d’équipe vierge. »[3] 


La suite appartient à l’Histoire. Comment ne pas rappeler, en effet, qu’entre 1900 et 1906, sur Panhard-Levassor, Maurice et Henri Farman s’inscrivirent parmi les pionniers de la compétition automobile, le cadet remportant le Grand Prix de Pau 1901 et le Circuit du Nord 1902, l’aîné triomphant dans Paris-Pau en 1902 et Paris-Roubaix l’année d’après. Puis, dans un monde qui avait ranimé l’antique songe d’Icare, commença l’épopée des premiers décollages, des premiers vols, des premiers géants de l’air. Concernant Henri, futur constructeur, avec ses deux frères, d’avions et de voitures de grand luxe, deux dates résumèrent tout : le 13 janvier 1908, lorsqu’il réussit au-dessus d’Issy-les-Moulineaux, à bord d’un biplan Voisin, le premier vol officiel en circuit fermé d’un kilomètre ; le 30 octobre suivant, quand il signa entre Bouy et Reims, toujours avec un modèle Voisin, le premier voyage aérien réalisé par un homme. Exactement vingt-sept kilomètres, synonymes d’un élan éternel… Au reste, en août 1909, à Reims, sous les yeux de plus de cinq cent mille spectateurs, Henri Farman s’adjugerait le concours de vol sans ravitaillement en couvrant l’incroyable distance de 180 kilomètres ! C’était prédire, déjà, la gloire de Lindbergh. 


Oui, cet homme-là, un mythe de son vivant, avait été champion de France cycliste. 

  

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.

  

Henri Farman en bref 

 

Né le 26 mai 1874 à Paris. Décédé le 18 août 1958 à Paris.

Principales victoires : Championnat de France de demi-fond 1992 ; Paris-Clermont-Ferrand 1992.



[1] Catalogue Roumet, Paris, 47e vente du 25 juin 2013.

[2] Marcel Viollette, Le Cyclisme, Éd. Pierre Lafitte, 1912, pp. 236-237.

[3] Ibid., p. 240.

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