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Chassang Jean

Jean Chassang, on ne sait quoi du boxer...

 
Il fut champion de France de cyclo-cross et vainqueur d’un beau Critérium national de la route. C’était un coureur tout terrain et un solide équipier. Portrait du Bourbonnais Jean Chassang, capable du meilleur et du pire… 
 
Un second couteau, et par cela même un homme dangereux, capable de jaillir comme une lame : voilà, esquissé, quel pourrait être le portrait de Jean Chassang, coureur professionnel de 1975 à 1983. Et si l’on veut s’arrêter davantage, disons qu’il a vu le jour à Désertines, dans l’Allier, en 1951, et qu’il a grandi dans l’admiration de Jacques Anquetil, resté aux affaires jusqu’en 1969. Pour ce qui le concerne, Jean Chassang ouvrit ses ailes l’année suivante. Il avait dix-neuf ans, il s’offrait — ô combien prometteur —, une étape de la célèbre Route de France, joyau du calendrier amateur. Quand il put donner toute sa mesure, en 1973, il remporta le Tour du Nivernais-Morvan, principal rendez-vous régional. Douze mois plus tard, il ajouta Paris-Auxerre, mais rata de peu le titre national, battu par le seul Rachel Dard. Son passage chez les pros était assuré.
Quelle carrière ferait-il ? La question se posait, car il apparut assez vite que cet athlète trapu affronterait l’un des grands crus du cyclisme français. Arrivaient avec lui, en effet, les Hinault, Arbes, Chalmel, Perret, Seznec, tandis que Bazzo, Bossis, Pescheux, Meslet, Linard, Quilfen, Villemiane, Toso et Vallet s’annonçaient. Bref ! un peloton jeune, jaloux, solide… Dans ces conditions, que Jean Chassang pût se dégager pour gagner, dès le 24 février 1975, le Grand Prix de Montauroux méritait évidemment d’être salué. Et saluée aussi sa troisième place, un mois après, dans le difficile Critérium national où Ovion, Thévenet, Poulidor, Delisle étaient en vedettes ! Viendrait encore un Paris-Vimoutiers de bonne facture (sixième) et, surtout, un impressionnant Tour de l’Oise puisqu’il le termina au cinquième rang, classé entre Thurau, Knetemann, Teirlinck et Ovion d’une part, Hinault, Poulidor et Walter Planckaert d’autre part. D’où l’idée, du moins pour un comptable, que le protégé de Jean Stablinski s’élançait sur des bases élevées. Mais c’était oublier qu’un certain Bernard Hinault, son partenaire chez Gitane, et son cadet de quatre ans, avait enlevé la Promotion Pernod avec une facilité sidérante… Garçon simple mais pragmatique, Jean Chassang comprit qu’il n’aurait jamais le dessus. Immédiatement, il fit allégeance à Hinault.
Soldat ? Oui. Mais des meilleurs ! Les photographes l’ont montré tel qu’il était, ouvrant la voie sous le maillot Gitane, puis sous le maillot jaune, blanc et noir des Renault. Au physique, un buste plutôt court, des cheveux blonds, des joues creuses et le menton large, puissant, qui lui donnait on ne sait quoi du boxeur. Au mental, un personnage imprévisible, tantôt parti pour la gloire, tantôt aspiré par le vide. « Je suis passé à côté de belles victoires par manque de confiance. J’avais besoin d’être secoué, d’être vexé surtout », devait-il expliquer un soir.[1] De fait, deuxième d’un Tour du Limousin (1976), d’une Route Nivernaise (1977), d’un championnat de France de cyclo-cross (1978), d’un Tour du Haut-Var (1979), d’un Grand Prix de Plouay (1979, d’un Paris-Vimoutiers (1981) et d’un Trophée des Grimpeurs (1981), troisième de deux Tours de l’Oise (1976, 1979), d’un Tour Méditerranéen (1977) et d’un Grand Prix de Fourmies (1978), quatrième d’un championnat de France sur route (1979) et d’un Amstel Gold Race (1980), de fait, Jean Chassang, par crainte ou par malchance, échoua souvent d’un souffle, berné ou coiffé sur la ligne. Pour sa défense, il faut lui reconnaître un manque d’allant dans les sprints, qui l’obligeait à prendre des risques. Ainsi le voyait-on attaquer sans relâche, cognant jusqu’à l’épuisement au pied de chaque bosse. En somme, un véritable boxeur (l’image s’impose), doué pour encaisser les coups et pour en distribuer, quitte à tituber sous la flamme rouge, splendide mais sonné.
Pour peindre ce Chassang-là, toujours sur la brèche, Pierre Chany avait trouvé une formule : « les turbulents du petit matin »[2]. C’était en mars 1977, après que notre gaillard, flanqué du vieux Raymond Delisle, eut mis le feu au Critérium national. Une course tendue, superbe, ponctuée par deux cent trente kilomètres d’échappée, rien de moins ! Car tel était le Bourbonnais : un brave que la victoire finissait par appeler — oui, vingt victoires professionnelles au total, dont ce Critérium national et le championnat de France de cyclo-cross en 1981, qui en eussent comblé bien d’autres. Reste qu’au plus fort de la saison, sur les classiques et les Tours, ce turbulent se faisait un devoir de rentrer dans le rang, se réservant entièrement pour le service d’Hinault. Que d’exploits il y aurait à conter, comme en cet après-midi de juillet 1979, lorsqu’il sauva son leader dans l’étape Amiens-Roubaix : « Il avait percé en entrant sur les pavés. Toute l’équipe à roulé à bloc, mais elle s’est décimée et je suis resté quasiment le seul à maintenir la cadence pendant cinq bornes. Ce jour-là, je n’ai sans doute pas fait gagner le Tour à Hinault, mais il est certain que je lui ai empêché de le perdre », aimait-il à se souvenir, insistant sur la franche amitié qui le liait au phénomène breton[3]… Pourtant, il choisit de s’affranchir en 1981, voulant tenter une nouvelle aventure sous la direction de Rudi Altig, chez Puch-Wolber. Avec le résultat que l’on devine : d’innombrables relais et quelques succès, afin de justifier sa réputation. Puis, en 1984, on apprit que ce bagarreur désertait l’élite pour endosser l’étiquette d’ex-pro. C’était annoncer, dans le contexte de l’époque, ce qui ressemblerait à une mauvaise blague : Jean Chassang et Pierre-Raymond Villemiane contrôlés positifs en 1989, après la nocturne de Royan !
Mais, pas de quoi pendre un chat. Le diable en avait vu d’autre… 
 

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.


Jean Chassang en bref
  • Né le 8 février 1951 à Désertines.
  • Professionnel chez Gitane (1975 à 1977), Renault-Gitane (1978 à 1980), Puch-Wolber (1981 et 1982), Wolber (1983), UNCP (1984).
  • Principales victoires : Critérium national 1977 ; 3e étape T. du Luxembourg 1978 ; 1re et 2e étape B T. de Corse 1978 ; 6e étape de Paris-Nice 1978 ; 5e étape T du Limousin 1978 ; 2e étape A T. d’Armor 1980 ; champ. de France de cyclo-cross 1981 ; G.P. de Rennes 1981 ; 2e et 3e étape T. Armor 1982.


[1]In Vélo Légende n° 5, août 1998.
[2] Pierre Chany, L’Année du cyclisme 1977, Calmann-Lévy, p. 64.
[3]In Vélo Légende n° 5, août 1998.

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