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UNCP - HistoirePortraits de grands championsChampions de FranceDes vélos et des hommes

Bernard Jean-Francois

Jean-François Bernard, Bernard le rouleur


Il signa une victoire de légende au sommet du Ventoux. C’était au temps où l’on croyait qu’il succèderait à Bernard Hinault. Portrait de Jean-François Bernard, champion gâté, qui n’aimait pas assez le cyclisme… 
 
            Qui ne se rappelle cet instantané magistral, signé du photographe Georges Rakic : on y voit Jean-François Bernard sur les rampes ardentes du Ventoux, la bouche grande ouverte, les yeux fermés sous l’effort[1]. Autour, un front de ciel bleu, un long morceau de caillasse blanche et des spectateurs incrédules qui le regardent monter en danseuse, dans une attitude conquérante et sublime. Parce que, cette fois, personne n’en doute plus : le prodige du cyclisme français, successeur annoncé de Bernard Hinault, est en train de gagner le Tour de France 1987 ! Pour mieux dire, il l’écrase, repoussant en 36,5 kilomètres son meilleur adversaire, Luis Herrera, à 1 mn 39 s, Stephen Roche, le favori, à 2 mn 19 s, Charly Mottet, le maillot jaune, à 3 mn 58 s, et repoussant encore, dans sa formidable fulgurance, Hampsten à plus de 6 mn, Fignon à plus de 9 mn, Alcala à plus de 10 mn ! En clair, un exploit phénoménal, aussitôt classé au rang des plus beaux de l’histoire. « Nous l’avons vu, les traits torturés sous son bandeau vert, dressé sur les pédales plus de trois kilomètres durant, sans jamais prendre appui sur sa selle, écraser sans relâchement et sans aucune faiblesse ce “braquet” de 39 x 19 que lui avait judicieusement conseillé Bernard Hinault », admira Pierre Chany[2]. Et d’enchaîner, avec cette prescience qui était sa marque : « Cette phase de course hautement révélatrice pour ce qui est de son potentiel, et de ses virtualités, pourrait cependant suggérer certaines craintes pour ses lendemains immédiats, dans la mesure même où il s’est volontairement exprimé dans le paroxysme d’une course sans retenue. » On connaît la suite : Jean-François Bernard trop confiant, puis stoppé sur incident mécanique, désemparé et lâché entre Valréas et Villard-de-Lans. Il terminerait ce Tour, qu’il croyait avoir dompté, en troisième position.
            Mais n’avait-il pas le temps ? N’incarnait-il pas, ainsi que l’écrivait en « une » le journal L’Équipe, la principale « option pour demain »[3] ? Ce qui était rappeler, en filigrane, que le Bourguignon, né à Luzy en 1962, n’avait découvert le professionnalisme qu’en septembre 1984, au retour des Jeux olympiques. Trois ans plus tard, le chemin parcouru semblait prometteur, l’intéressé ayant déjà inscrit à son palmarès un Tour Méditerranéen, une étape du Tour de Suisse, une étape du Tour d’Italie, deux étapes du Tour de Romandie, deux étapes du Critérium du Dauphiné-Libéré et trois étapes du Tour de France. Sans oublier, bien sûr, le premier exploit de sa vie : le championnat de France amateur 1983, qu’il avait dominé comme jamais personne n’avait dominé ! C’est simple : cent soixante treize kilomètres d’échappée solitaire ! Oui, cent soixante treize kilomètres, soit une chevauchée irréelle de cinq heures, maintenue sous un soleil de plomb, parmi les coteaux de Wintezenheim ! Le deuxième, Denis Roux, concéda près de six minutes. « Un truc à la Koblet », devait commenter Jacques Augendre[4].
            On en était donc là, regardant évoluer cet athlète aux dimensions harmonieuses (1,80 mètre pour 69 kilos) qui ne se cachait pas d’aimer le luxe, les voitures, les chevaux, les bons vins. Et comme il roulait, comme il grimpait, comme il possédait une jolie mine et s’exprimait avec aisance, comme il voulait sortir un disque, chacun s’autorisa de penser qu’il deviendrait, non seulement le successeur d’Hinault, mais aussi la représentation moderne d’Anquetil, comprenez un personnage, hors du lot… D’ailleurs, en ces premiers temps de pression médiatique, n’avait-il pas été choisi par un célèbre animateur, Jacques Chancel, pour raconter chaque jour, à des millions de téléspectateurs, ses sensations de débutant sur le Tour, version 1986… On l’entend encore, décochant des « Vous savez, Jacques » avec l’art d’un vieil orateur, puis détaillant, le 19 juillet, sa propre victoire d’étape ! Car il ne faisait pas que parler ; non, il attaquait, crânait et gagnait, prouvant qu’il appartenait au cercle restreint de ceux qui forgent les mythes ! À cette aune, son triomphe au Ventoux serait une confirmation.
            Jean-François Bernard devait maintenant toucher les sommets. Aussi claironna-t-il, en 1988, qu’il doublerait le Giro et le Tour, persuadé qu’il pouvait imiter Coppi, Anquetil, Merckx et Hinault, les campionissimi. Concernant le Tour d’Italie, il avait fixé rendez-vous : Urbino, au soir de la première étape, disputée contre-la-montre. Aidé par la chance, mais néanmoins très affûté, il s’imposa devant Tony Rominger, celui-ci victime d’une chute. Puis il éparpilla tous ses rivaux dans la montée vers Chianciano Terme. Imbattable ? On se prenait à le croire quand, le 5 juin, sous la lumière glaçante du Gavia, il laissa tomber le masque. Le décompte fut rude : 9 mn et 14 s de retard sur Andy Hampsten, l’Américain au chant discret mais au chant juste ! D’où la question que posa la journaliste Anne Giuntini, interloquée par ce jeune homme réputé « gâté-pourri » et « glandeur » : « Comment Bernard va-t-il tourner ? »[5]
            On sait la réponse. Non content d’abandonner le Tour de France 1988, le rouleur se fourvoya littéralement, multipliant les échecs en 1989, 1990, 1991. En 1992, vainqueur coup sur coup de Paris-Nice, du Critérium International et du Circuit de la Sarthe, il donna l’impression de ranimer la flamme — mais,  dans un cyclisme qui commençait à perdre totalement la tête, ce fut pour endosser la livrée d’un équipier de luxe, au service de Miguel Indurain, nouveau maître des pelotons. « On ne se refait pas : je n’aime pas assez le vélo pour vivre 100 % avec lui », expliqua-t-il, non sans lucidité[6]. Alors il nous revint que Pierre Chany avait salué en vain, après le Ventoux, l’« énergie animale caractéristique des coureurs d’exception, sans laquelle la qualité n’est rien, ou pas grand-chose »…[7]
 

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.


Jean-François Bernard en bref
  • Né le 2 mai 1962 à Luzy.
  • Professionnel chez La Vie Claire (septembre 1984 à 1986), Toshiba (1987 à 1990), Banesto (1991 à 1994), Chazal (1995), Agrigel-La Creuse (1996).
  • Principales victoires : Championnat de France amateur 1983 ; Tour Méditerranéen 1986 ; Coppa Sabatini 1986 ; G. P. de Rennes 1987 ; Tour d’Émilie 1987 ; Paris-Nice 1992 ; Critérium International 1992 ; Circuit de la Sarthe 1992 et 1993 + une étape du Tour de Suisse (1985), quatre étapes du Tour d’Italie (1986 et 1987), trois étapes du Tour de France (1986 et 1987), une étape au Tour d’Espagne (1990). Lauréat du Prestige Pernod 1986.

[1]In Sprint 2000 d’août-septembre 1987.
[2]InL’Équipe du 20 juillet 1987.
[3]InL’Équipe du 27 juillet 1987.
[4] Témoignage à l’auteur.
[5]InL’Équipe Magazine du 2 juillet 1988.
[6]InL’Équipe du 21 janvier 1992.
[7]InL’Équipe du 20 juillet 1987.

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