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Archambaud Maurice

Maurice Archambaud, le record dans les jambes...


Il fut le premier lauréat du Grand Prix des Nations. En toute logique, ce rouleur formidable finit par accrocher le record de l’heure à son palmarès. Portrait de Maurice Archambaud, également vainqueur de dix étapes dans le Tour de France… 
  
Il existe, dans le gros livre édité par L’Équipe pour saluer le Tour de France, un cliché qu’on croirait signé par Doisneau : dans l’embrasure d’une fenêtre, une jeune femme, les yeux clos, offrent ses lèvres à un homme aux épaules nettement dessinées, et qu’entoure la peau rude d’un boyau. Un cycliste, bien sûr, et même un champion, en qui les spécialistes reconnurent Maurice Archambaud, inamovible serviteur de l’équipe nationale au milieu des années trente. La légende précise qu’il portait le maillot jaune, ce qui était peu et beaucoup dire. Au cours de sa carrière, en effet, Archambaud défendit sa tunique à quatorze reprises. Il remporta dix étapes sur les routes du Tour, une à Lille et à Cannes en 1933, une à Genève et à Perpignan en 1935, l’étape de Belfort en 1936, l’étape de Charleville en 1937, puis quatre succès en 1939, à Béziers, Montpellier, Monaco et Dijon. On imagine sa popularité, exceptionnelle. D’où ce baiser furtif, lequel ne nous renseigne pas sur l’identité de la belle, mais illustre l’incroyable romance qui liait la France à ce solide petit homme. « Nabot » par ci, « Nabot » par là… Dans toutes les provinces, dans tous les villages, chacun lui servait son impayable surnom — mais avec une telle affection que cet athlète effectivement court n’en prenait jamais ombrage. Seul un vieux solitaire, Henri Desgrange, s’obstinait à l’appeler le « Poupard », ce qui était judicieusement vu. Dans la langue d’autrefois, un « poupard » désignait un baigneur aux joues aussi rondes que des pommes, mais au corps raide, qui l’apparentait à une quille. En somme, le portrait craché de Maurice Archambaud, réputé et pour son sourire et pour sa guigne de maladroit culbuto. Oh oui ! combien de fois était-il tombé, à l’entraînement ou en compétition... Une chute notamment demeura célèbre : celle du 18 septembre 1932, lorsqu’il glissa dans un virage, non loin de Châteaufort, en vallée de Chevreuse. Le temps de retrouver ses repères — sa tête avait lourdement touché le sol —, il remonta en selle et se remit à écraser les pédales, prouvant son opiniâtreté et sa puissance. À l’arrivée, vingt minutes plus tard, les chronométreurs rendirent leur verdict : large vainqueur d’Alfred Bovet et de Léon Le Calvez, ce bouledogue ensanglanté ouvrait pour toujours le palmarès du Grand Prix des Nations.
Mais, comment avait-il tenu ? Car il pissait littéralement le sang ! Ce fut au point qu’on le fit d’abord panser, avant de le hisser sur le podium où les journalistes se dépêchèrent d’ausculter sa gloire neuve. Non pas que Maurice Archambaud leur fût totalement inconnu ; mais ce n’était qu’un espoir, passé professionnel en début de saison sous les couleurs d’Alcyon… Qui aurait pu deviner qu’il confirmerait aussi vite ? et au meilleur niveau ? Parce qu’il s’avéra bientôt que le Parisien, remarquable rouleur, pouvait se montrer également remarquable grimpeur. Voilà pourquoi personne ne fut surpris de le voir revêtir un premier maillot jaune, le 27 juin 1933, puis l’honorer huit jours durant, malgré les rapprochés de Speicher et Guerra. À bout de souffle, il le céda quarante-huit heures, puis le reprit pour une journée encore, au terme d’une poussée phénoménale en direction de Cannes. Des photographes, une fois de plus, immortalisèrent cet instant, scellant l’image d’un grand gosse ému qu’embrassent des parents terrassés de bonheur. Ah ! le Nabot, adorable sociétaire qui ferait pleurer la France dès le lendemain, en acceptant la livrée du soldat fidèle, dévoué au drapeau. On connaît le sacrifice légendaire de René Vietto remontant le Portet d’Aspet en sens inverse pour aller secourir Antonin Magne accidenté ; eh bien ! il faut connaître celui de Maurice Archambaud, tendant immédiatement sa roue quand Georges Speicher, maillot jaune, creva dans l’Aubisque. Moyennant quoi, les Tricolores conservèrent l’avantage. À Paris, dans la liesse générale, Henri Desgrange loua avec emphase « notre 'Poupard' désormais national »[1]. Et d’ajouter sur un ton prophétique : « Je me demande si Archambaud n’est pas une mécanique trop parfaite pour digérer ce plat un peu bien épais qu’est le Tour de France »…[2]
Remarque éminente, dont Maurice Archambaud comprit l’importance. Que lui suggérait discrètement le fondateur du Tour ? De ne pas lâcher la proie pour l’ombre, sachant que ce rouleur d’envergure était trop limité au sprint pour se consacrer exclusivement à la route. En revanche, que de contre-la-montre il avait à enlever… Le Poupard se le tint pour dit, et revint à la principale aventure de sa vie : la quête du record de l’heure, comme on parle de la quête du Graal… Par un étrange tour d’esprit, Archambaud y songeait déjà dans les rangs amateurs, pas mécontent d’avoir parcouru 38,240 kilomètres à Vincennes en 1929, puis 39,900 kilomètres au vélodrome Buffalo de Montrouge. Et en 1932, fonçant à 44,754 kilomètres-heure sur la piste d’Alger, il avait même battu le record détenu par Oscar Egg ! Malheureusement, en l’absence de commissaire, sa performance resterait officieuse… Mais, bon ! il ne doutait point d’avoir ce record dans les jambes. À l’automne 1937, après une consciencieuse préparation, il s’installa près du Vigorelli, attendant que le ciel se dégageât au-dessus de Milan. Une première fois il se mit en piste : une crevaison ruina ses efforts. La seconde fois, il engagea toutes ses forces, et il luttait depuis 56 minutes lorsqu’une nouvelle crevaison ne lui permit pas d’achever. Dégoûté, il rentra à Paris — mais, pour revenir aussitôt, et tenter sa chance entre deux averses. Enfin, le 3 novembre, tirant un braquet de 24 x 7 (7,32 mètres), il porta le record à 45,817 kilomètres. Il était justifié.
Maurice Archambaud roula longtemps — jusqu’en 1944. Puis on le vit diriger l’équipe de France sur le Tour 1948. Aux jeunes qui l’écoutaient, il racontait comment il avait aussi gagné deux Paris-Nice, et devancé Olmo et Guerra dans un fameux contre-la-montre, lors du Giro 1935…

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.

Maurice Archambaud en bref

  • Né le 30 août 1908. Décédé le 5 décembre 1955 au Raincy.
  • Coureur de 1932 à 1943.
  • Principales victoires. Sur route : G.P. des Nations 1932 ; dix étapes du Tour de France (deux en 1933, deux en 1935, une en 1936, une en 1937, quatre en 1939) ; Paris-Caen 1935 ; G. P. d’Alger 1935 ; 13e étape du Tour d’Italie 1935 ; Paris-Nice 1936 et 1939 ; Tour de la Province de Milan 1937 (avec Bini) ; 1re étape A du Tour de Belgique 1943. Sur piste : Six-Jours de Paris 1935 (avec Roger Lapébie). Record de l’heure avec 45,817 km en 1937.


[1]L’Auto du 24 juillet 1934.
[2]Ibid.

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