UNCP UNCP
L'UNCP est le syndicat professionnel des coureurs cyclistes français.
Syndicat de service et de dialogue constructif.
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Cathy Marsal, irradiante, irradiée

  

En 1990, elle réalisa une saison éblouissante, que même Eddy Merckx n’aurait pas signée. Puis elle s’éteignit, comme brûlée par le feu qu’elle avait allumé. Portrait de Cathy Marsal, la Lorraine… 

    

Lorsque l’information tomba dans Paris, en juillet 1987, on put croire à une blague : une petite Lorraine portée par la grâce, qui faisait triompher les couleurs de la France ! Une gamine, oui, souriante sous ses cheveux courts, mais dotée d’une volonté indomptable. N’avait-elle pas terminé, quelques jours plus tôt, deuxième du championnat du monde de poursuite junior, seulement battue de 7 centièmes par une Américaine, Jane Eickoff ? Puis, surtout, n’avait-elle pas enchaîné avec l’épreuve sur route, encouragée par Jean-Yves Plaisance, l’entraîneur national. « Cours ! Tu vas gagner. Je suis sûr ! »[1] Alors, dans l’insouciance de ses seize ans, la gosse, théoriquement cadette deuxième année, mais surclassée pour l’occasion, s’était laissée convaincre, repoussant d’un peu son retour — on veut dire : son désir immense d’étreindre sa fratrie, sept frères et sœurs élevés au grand air, dans la ferme familiale d’Avancy, aux portes de Metz. D’ailleurs, c’est à eux qu’elle pensait quand, tout à coup, se détacha le maillot rouge de Zagorska, une concurrente soviétique. Par réflexe, elle contra, se trouvant ainsi embarquée dans une échappée à deux qu’elle poussa et contrôla de main de maître, jusqu’à la folle tension du sprint. « Je me suis décidée, déportée sur la gauche de la chaussée ; j’ai appuyée de toutes mes forces ! », devait-elle raconter[2]. La suite s’écrivit à chaudes larmes. Pressée, embrassée, félicitée sans relâche, elle vécut un véritable conte de fée. Comme si une incroyable histoire commençait entre cette jeune fille timide et le cyclisme français. 


Timide, certes… Mais farouche, ambitieuse, entêtée. Et douée. Extraordinairement douée ! C’est au point que les journalistes se dépêchèrent d’étudier sa fiche médicale, cherchant à percer les mystères d’un organisme à nul autre pareil, qui distillait plus de six litres de capacité pulmonaire et un rythme cardiaque de 32 pulsations par minute ! Autrement dit, un prodige, déjà trois fois sacrée championne de France depuis ses débuts, dont un titre en vitesse cadette, devant une certaine Félicia Ballanger... Pour autant, quelle adulte ferait-elle ? Une gagneuse ? Un exemple ?... Une diva ?... Questions sibyllines, évidemment posées par rapport à Jeannie Longo, son aînée, incarnation mythique mais ambiguë qui limitait l’aura du cyclisme féminin à ses propres humeurs. Dans ce contexte, inutile d’expliquer que l’enfant d’Avancy avait une belle carte à jouer. Plusieurs victoires, des sourires, de la sincérité, des rires : la presse ne lui en demandait point davantage. Et Catherine Marsal le sentait, chuchotant les promesses… Non, elle ne gaspillerait ses atouts. Non, le succès ne la griserait pas… Oui, elle demeurerait la même, aimable et disponible, jusqu’en fin de carrière. « Je suis fidèle de tempérament. Pour moi, le rendez-vous est noté », soufflait-elle.[3] 


Dès lors, que pouvait-il lui arriver ? Gagner ! D’abord, gagner un deuxième titre mondial junior en 1988, cette fois en poursuite afin de montrer qu’elle détestait la défaite ; puis gagner, en avril 1989, sous le drapeau de l’équipe de France, le Tour du Texas, c’est-à-dire sa première course internationale. « Marsal frappe d’entrée », prévint le quotidien L’Équipe[4]. Mais l’impression décisive viendrait au mois d’août, lorsque la jeune femme termina deuxième derrière Jeannie Longo du difficile Mondial de Chambéry. « Une dauphine de race et pleine de grâce, qui aspire très légitimement à s’emparer du pouvoir », avertit Pierre Chany[5]. Car Longo, au sommet de sa courbe, avait annoncé sa retraite. Une ère nouvelle s’ouvrait. 


Cathy Marsal ne perdit pas de temps, réalisant en 1990, à seulement dix-neuf ans, la plus accomplie des razzias enregistrées en un siècle de cyclisme ! Les trois coups ? Au Tour du Texas, qu’elle domina pour la seconde fois. Puis le Tour de l’Aude, le Tour de Norvège, le Tour d’Italie ! Sur sa lancée, elle écrasa le championnat de France au terme d’une échappée solitaire de cinquante kilomètres, puis le championnat du monde sénior disputé au Japon. « La loi Marsal ! », siffla joliment le reporter Guy Caput en soulignant que la Française « court plutôt à la Coppi qu’à la Longo. »[6] Comparaison utile, confirmée en septembre, après qu’elle eut ajouté le Tour de la Communauté européenne à son palmarès. Bref ! les cinq principales courses par étapes et les deux titres majeurs du calendrier ! Même le meilleur Merckx n’avait pas réussi cela. Rappelons-le : elle n’avait pas vingt ans ! 


Hélas, il faut se méfier des prodiges — c’est un mot tiré du Richard III de Shakespeare : « Les brefs étés ont souvent des printemps précoces. » Dans le cas de Cathy Marsal, force est de constater que son étoile pâlit aussi vite qu’elle s’était levée. Une chute brutale, incompréhensible, sauf à la tenir pour une sanction immanente. N’avait-elle pas, dès cette moisson irradiante, trahi ses promesses, devenant à son tour capricieuse et atrabilaire… Trop de voyages, trop d’argent, trop de facilités ; des jalousies, par surcroît. Malgré un indéniable acharnement à l’entraînement, elle ne put remporter, en 1991, que l’Étoile vosgienne et le championnat du monde par équipe en 1991, associée à Marion Clignet, Nathalie Gendron, Cécile Odin. Puis aucune victoire en 1992, ni en 2000, en 2003 et en 2004, année qui marqua la fin de sa carrière. Quant au reste… Un deuxième Tour de l’Aude en 1994, un record de l’heure qui ne fit rêver qu’elle en 1995, un deuxième championnat de France en 1996, le championnat national du contre-la-montre en 1997 : des miettes pour ceux qui se souvenaient de 1990. 


« Seule au monde », titrait L’Équipe à l’époque.[7] Cathy Marsal ne s’en remit jamais. Mais elle suivit sa route. Ceux qui l’ont revu nous rapporte aujourd’hui l’essentiel : une femme engagée dans l’entreprise et le sport. Épanouie, heureuse. 

  

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.


Catherine Marsal en bref 

 

Née le 20 janvier 1971 à Vigy.

Active chez les séniors de 1989 à

Principales victoires : Junior : Championnat du monde sur route 1987 ; Championnat du monde de poursuite 1988. Sénior : Tour de Bretagne 1988 et 1989 ; Tour du Texas 1989 ; 1990 ; Championnat de France 1990 et 1996 ; Championnat du monde 1990 ; Tour de l’Aude 1990 et 1994 ; Tour d’Italie 1990 ; Tour de Norvège 1990 ; Tour de la Communauté européenne 1990 ; Championnat du monde par équipe ; Etoile Vosgienne 1991 et 1998 ; Ronde d’Aquitaine 1996 ; Tour de Haute-Garonne 1997 ; championnat de France contre-la-montre 1997.

Recordwoman de l’heure avec 47,112 km en 1995.



[1] Témoignage de Cathy Marsal à l’auteur.

[2] Sprint 2000 n° 86, février-mars 1988.

[3] Ibid.

[4] L’Équipe du 14 avril 1989.

[5] In L’Année du cyclisme 1989, p. 153.

[6] La Croix, 28 août 1990.

[7] L’Équipe du 3 septembre 1990.

Cathy Marsal, irradiante, irradiée

  

En 1990, elle réalisa une saison éblouissante, que même Eddy Merckx n’aurait pas signée. Puis elle s’éteignit, comme brûlée par le feu qu’elle avait allumé. Portrait de Cathy Marsal, la Lorraine… 

    

Lorsque l’information tomba dans Paris, en juillet 1987, on put croire à une blague : une petite Lorraine portée par la grâce, qui faisait triompher les couleurs de la France ! Une gamine, oui, souriante sous ses cheveux courts, mais dotée d’une volonté indomptable. N’avait-elle pas terminé, quelques jours plus tôt, deuxième du championnat du monde de poursuite junior, seulement battue de 7 centièmes par une Américaine, Jane Eickoff ? Puis, surtout, n’avait-elle pas enchaîné avec l’épreuve sur route, encouragée par Jean-Yves Plaisance, l’entraîneur national. « Cours ! Tu vas gagner. Je suis sûr ! »[1] Alors, dans l’insouciance de ses seize ans, la gosse, théoriquement cadette deuxième année, mais surclassée pour l’occasion, s’était laissée convaincre, repoussant d’un peu son retour — on veut dire : son désir immense d’étreindre sa fratrie, sept frères et sœurs élevés au grand air, dans la ferme familiale d’Avancy, aux portes de Metz. D’ailleurs, c’est à eux qu’elle pensait quand, tout à coup, se détacha le maillot rouge de Zagorska, une concurrente soviétique. Par réflexe, elle contra, se trouvant ainsi embarquée dans une échappée à deux qu’elle poussa et contrôla de main de maître, jusqu’à la folle tension du sprint. « Je me suis décidée, déportée sur la gauche de la chaussée ; j’ai appuyée de toutes mes forces ! », devait-elle raconter[2]. La suite s’écrivit à chaudes larmes. Pressée, embrassée, félicitée sans relâche, elle vécut un véritable conte de fée. Comme si une incroyable histoire commençait entre cette jeune fille timide et le cyclisme français. 


Timide, certes… Mais farouche, ambitieuse, entêtée. Et douée. Extraordinairement douée ! C’est au point que les journalistes se dépêchèrent d’étudier sa fiche médicale, cherchant à percer les mystères d’un organisme à nul autre pareil, qui distillait plus de six litres de capacité pulmonaire et un rythme cardiaque de 32 pulsations par minute ! Autrement dit, un prodige, déjà trois fois sacrée championne de France depuis ses débuts, dont un titre en vitesse cadette, devant une certaine Félicia Ballanger... Pour autant, quelle adulte ferait-elle ? Une gagneuse ? Un exemple ?... Une diva ?... Questions sibyllines, évidemment posées par rapport à Jeannie Longo, son aînée, incarnation mythique mais ambiguë qui limitait l’aura du cyclisme féminin à ses propres humeurs. Dans ce contexte, inutile d’expliquer que l’enfant d’Avancy avait une belle carte à jouer. Plusieurs victoires, des sourires, de la sincérité, des rires : la presse ne lui en demandait point davantage. Et Catherine Marsal le sentait, chuchotant les promesses… Non, elle ne gaspillerait ses atouts. Non, le succès ne la griserait pas… Oui, elle demeurerait la même, aimable et disponible, jusqu’en fin de carrière. « Je suis fidèle de tempérament. Pour moi, le rendez-vous est noté », soufflait-elle.[3] 


Dès lors, que pouvait-il lui arriver ? Gagner ! D’abord, gagner un deuxième titre mondial junior en 1988, cette fois en poursuite afin de montrer qu’elle détestait la défaite ; puis gagner, en avril 1989, sous le drapeau de l’équipe de France, le Tour du Texas, c’est-à-dire sa première course internationale. « Marsal frappe d’entrée », prévint le quotidien L’Équipe[4]. Mais l’impression décisive viendrait au mois d’août, lorsque la jeune femme termina deuxième derrière Jeannie Longo du difficile Mondial de Chambéry. « Une dauphine de race et pleine de grâce, qui aspire très légitimement à s’emparer du pouvoir », avertit Pierre Chany[5]. Car Longo, au sommet de sa courbe, avait annoncé sa retraite. Une ère nouvelle s’ouvrait. 


Cathy Marsal ne perdit pas de temps, réalisant en 1990, à seulement dix-neuf ans, la plus accomplie des razzias enregistrées en un siècle de cyclisme ! Les trois coups ? Au Tour du Texas, qu’elle domina pour la seconde fois. Puis le Tour de l’Aude, le Tour de Norvège, le Tour d’Italie ! Sur sa lancée, elle écrasa le championnat de France au terme d’une échappée solitaire de cinquante kilomètres, puis le championnat du monde sénior disputé au Japon. « La loi Marsal ! », siffla joliment le reporter Guy Caput en soulignant que la Française « court plutôt à la Coppi qu’à la Longo. »[6] Comparaison utile, confirmée en septembre, après qu’elle eut ajouté le Tour de la Communauté européenne à son palmarès. Bref ! les cinq principales courses par étapes et les deux titres majeurs du calendrier ! Même le meilleur Merckx n’avait pas réussi cela. Rappelons-le : elle n’avait pas vingt ans ! 


Hélas, il faut se méfier des prodiges — c’est un mot tiré du Richard III de Shakespeare : « Les brefs étés ont souvent des printemps précoces. » Dans le cas de Cathy Marsal, force est de constater que son étoile pâlit aussi vite qu’elle s’était levée. Une chute brutale, incompréhensible, sauf à la tenir pour une sanction immanente. N’avait-elle pas, dès cette moisson irradiante, trahi ses promesses, devenant à son tour capricieuse et atrabilaire… Trop de voyages, trop d’argent, trop de facilités ; des jalousies, par surcroît. Malgré un indéniable acharnement à l’entraînement, elle ne put remporter, en 1991, que l’Étoile vosgienne et le championnat du monde par équipe en 1991, associée à Marion Clignet, Nathalie Gendron, Cécile Odin. Puis aucune victoire en 1992, ni en 2000, en 2003 et en 2004, année qui marqua la fin de sa carrière. Quant au reste… Un deuxième Tour de l’Aude en 1994, un record de l’heure qui ne fit rêver qu’elle en 1995, un deuxième championnat de France en 1996, le championnat national du contre-la-montre en 1997 : des miettes pour ceux qui se souvenaient de 1990. 


« Seule au monde », titrait L’Équipe à l’époque.[7] Cathy Marsal ne s’en remit jamais. Mais elle suivit sa route. Ceux qui l’ont revu nous rapporte aujourd’hui l’essentiel : une femme engagée dans l’entreprise et le sport. Épanouie, heureuse. 

  

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.


Catherine Marsal en bref 

 

Née le 20 janvier 1971 à Vigy.

Active chez les séniors de 1989 à

Principales victoires : Junior : Championnat du monde sur route 1987 ; Championnat du monde de poursuite 1988. Sénior : Tour de Bretagne 1988 et 1989 ; Tour du Texas 1989 ; 1990 ; Championnat de France 1990 et 1996 ; Championnat du monde 1990 ; Tour de l’Aude 1990 et 1994 ; Tour d’Italie 1990 ; Tour de Norvège 1990 ; Tour de la Communauté européenne 1990 ; Championnat du monde par équipe ; Etoile Vosgienne 1991 et 1998 ; Ronde d’Aquitaine 1996 ; Tour de Haute-Garonne 1997 ; championnat de France contre-la-montre 1997.

Recordwoman de l’heure avec 47,112 km en 1995.



[1] Témoignage de Cathy Marsal à l’auteur.

[2] Sprint 2000 n° 86, février-mars 1988.

[3] Ibid.

[4] L’Équipe du 14 avril 1989.

[5] In L’Année du cyclisme 1989, p. 153.

[6] La Croix, 28 août 1990.

[7] L’Équipe du 3 septembre 1990.