UNCP UNCP
L'UNCP est le syndicat professionnel des coureurs cyclistes français.
Syndicat de service et de dialogue constructif.
Créé il y a plus de 60 ans, il a pour vocation la représentation des coureurs et la défense de leurs intérêts collectifs et individuels.
contact@uncp.net . Comité Directeur . UNCP 161 Chemin du Buisson – 38110 DOLOMIEU
  • Route Pro Championnats de France Cassel 2023 - Photo Bruno Bade
  • Route Pro Photo Bruno Bade
  • Route d’Occitanie 2020 Photo Bruno Bade
  • Tro Bro Leon 2019 Photo Bruno Bade
  • Paris Camembert 2020 Photo Bruno Bade
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Bernard Vallet, patient et justifié


Jeune, il fut un prodige qui suscita beaucoup d'espoirs. Puis, sans démériter, il subit, comme tous ceux de sa génération, l'incroyable puissance d'Hinault. Portrait de Bernard Vallet, ancien meilleur grimpeur du Tour et vainqueur d'un Bordeaux-Paris.


Rarement le cyclisme avait connu un tel avènement. Au sens propre, un prince, doté de belles manières, d'un doux visage, d'un corps solide, d'un cœur ardent. Quant à ses inénarrables jambes... Comment ne pas voir qu'elles portaient les promesses les plus folles. C'est simple : à seize ans, déjà, Bernard Vallet avait tout conquis, dont le titre national des minimes et un autre en cadets. Bref ! une star, que l'on comparait volontiers au jeune Anquetil. Puis, vint le championnat de France junior, en 1972... Le Drômois, bien sûr, était cité parmi les principaux favoris - et comme il faisait parfaitement les choses, il fut le premier à réagir lorsqu'un drôle de type sortit à 55 kilomètres du but, dans la difficile rampe des Pas-en-Artois. Qu'on se représente la scène : le drôle de type devant, des boucles longues dans le cou, des chaussettes à mi-mollets, qui fonce le sourire aux lèvres, alors que Bernard Vallet se martyrise en vain, la bouche grand ouverte. Néanmoins, il essaye encore, relançant en danseuse. Puis il s'assied, ou plutôt tombe sur sa selle, surpris, vidé, sonné. Sans le savoir, il vient de croiser son destin. Jamais plus il ne sera le meilleur. Sur sa route s'est dressé Bernard Hinault.

À l'époque dont nous parlons, il ne le pressent pas. Il croit qu'il s'agit d'un accident ; et l'avenir, en vérité, semble lui donner raison. Ne remporte-t-il pas, en 1973, à dix-neuf ans, le réputé Circuit des Monts du Livradois amateur, puis, en 1974, Paris-Évreux et une étape du Tour de l'Avenir ? N'enchaîne-t-il pas, l'année suivante, avec Paris-Dreux, la Route de France, le Circuit de la Drôme, le Trophée Peugeot, le Tour du Gévaudan - sans compter, juste en fin de saison, pour sceller son entrée chez les pros, sa deuxième place dans l'Étoile des Espoirs ! Un prodige, on le répète... Pendant ce temps, Hinault, lui, enrôlé par Gitane dès le mois de janvier, s'interroge et bat la semelle. En froid avec Jean Stablinski, son directeur sportif, il se dit près de jouer la carte Guimard...

La suite ? Sous le maillot Gan-Mercier, Bernard Vallet confirme, en 1976, son indéniable talent : deuxième de la célèbre Polymultipliée, deuxième d'étapes dans l'Étoile de Bessèges, Paris-Nice, le Tour de l'Aude. Mais Bernard Hinault, de son côté, avale les marches quatre à quatre, raflant Paris-Vimoutiers, le Circuit de la Sarthe, le Tour d'Indre-et-Loire, le Tour de l'Aude, le Tour du Limousin. Au championnat du monde, où les deux hommes se retrouvent en équipe de France, Vallet termine trente-sixième, sans peser sur la course. En revanche, le Breton impose son rythme. Il prend des relais incroyables, qui épatent jusqu'à Eddy Merckx. C'est parti pour dix ans.

Que resterait-il à Bernard Vallet ? Ce qu'il reste en pareil cas : les miettes ! Par exemple, Michel Laurent, autre espoir de cette génération, obtint une Flèche Wallonne, un Paris-Nice et un Dauphiné-Libéré, tandis que Jean-René Bernaudeau eut quartier libre sur quatre Midi-Libre. Quant au Drômois, il traça son propre chemin, mais laborieusement, comme si l'évidente supériorité d'Hinault l'avait complexé - ou comme s'il avait gagné trop vite et trop tôt, oubliant l'habitude du combat. Quoi qu'il en fût, à partir de 1979, ses résultats devinrent plus soutenus. Il décrocha, avec le Tour du Limousin, sa première course par étapes. Il s'offrit le Grand Prix de Rennes 1980 et une étape du Tour de France après un match splendide contre Bernard Thévenet. En 1981, battu par Serge Beucherie, il manqua d'un cheveu le titre national qui l'aurait totalement relancé. Il s'obstina cependant, et réalisa, de mars à juillet 1982, une série de performances dont on le croyait incapable. Notamment il y eut, pour la seconde année consécutive, une deuxième place dans le championnat de France. Mais il se consola de ce maillot perdu en revêtant la tunique blanche à pois rouges récompensant le meilleur grimpeur du Tour. Trois semaines de lutte, des échappées, des cols, les vivats parisiens : il sauvait sa carrière.

Adopté par le public, Bernard Vallet put s'attarder sur les pistes où il sentait que son coup de pédale, naturellement fluide, trouvait un terrain favorable. Non pas qu'il fût singulièrement rapide, mais il était vif, souple, élégant, habile. Aussi tira-t-il son épingle du jeu, dominant les Six-Jours de Grenoble en 1982, 1984 et 1987, et les Six-Jours de Paris en 1984 et 1986. (En 1984, il s'était également adjugé le championnat de France de la course aux points.) D'où sa tentation, quelquefois, d'abandonner la route au profit d'un monde moins rude... Sauf que cet ancien petit prince, éternel espoir, ne pouvait s'empêcher de rêver au grand soir ! Combien y avaient goûté, qui pourtant ne le valait pas. Alors, il s'arc-bouta. Il disputa encore le Tour de France, en quête d'une étape, et les classiques, en quête d'un miracle. Il essaya Bordeaux-Paris, en 1986, mais Gilbert Glaus et Guy Gallopin le mystifièrent au sprint, le laissant plus revanchard que jamais. Car s'il est un trait qu'il n'avait point abdiqué, c'était l'orgueil. En 1987, il revint donc, expérimenté, décidé et fier, soit dit au passage, d'être devenu le doyen des professionnels français. Face à lui, 619 kilomètres et un Duclos-Lassalle spécialement entraîné. Leur duel fut ce qu'il devait être, les coups de l'un répondant à ceux de l'autre. Puis, à deux kilomètres de l'arrivée, dans la côte de Fontenay-sous-Bois, Bernard Vallet s'isola enfin, d'un bond venu de très loin.
Pour toujours, il était justifié.

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.



Vallet en bref

* Né le 18 janvier 1954 à Vienne.
* Professionnel chez Gan-Mercier (1976), Miko-Mercier (1977 et 1978), La Redoute (1979 à 1983), La Vie Claire (1984 et 1985), RMO (1986 à 1989).
* Principales victoires : Tour du Limousin 1979 ; G.P. de Rennes 1980, 15e étape du Tour de France 1980 ; Tour d'Armor 1981 ; Tour de l'Aude 1982 ; G.P. de la montagne du Tour de France 1982 ; Bordeaux-Paris 1987. Vainqueur des Six-Jours de Grenoble en 1982 et 1984 (avec Frank) et 1987 (avec Mottet), et les Six-Jours de Paris en 1984 (avec Frank) et 1986 (avec Clark).

 

Bernard Vallet, patient et justifié


Jeune, il fut un prodige qui suscita beaucoup d'espoirs. Puis, sans démériter, il subit, comme tous ceux de sa génération, l'incroyable puissance d'Hinault. Portrait de Bernard Vallet, ancien meilleur grimpeur du Tour et vainqueur d'un Bordeaux-Paris.


Rarement le cyclisme avait connu un tel avènement. Au sens propre, un prince, doté de belles manières, d'un doux visage, d'un corps solide, d'un cœur ardent. Quant à ses inénarrables jambes... Comment ne pas voir qu'elles portaient les promesses les plus folles. C'est simple : à seize ans, déjà, Bernard Vallet avait tout conquis, dont le titre national des minimes et un autre en cadets. Bref ! une star, que l'on comparait volontiers au jeune Anquetil. Puis, vint le championnat de France junior, en 1972... Le Drômois, bien sûr, était cité parmi les principaux favoris - et comme il faisait parfaitement les choses, il fut le premier à réagir lorsqu'un drôle de type sortit à 55 kilomètres du but, dans la difficile rampe des Pas-en-Artois. Qu'on se représente la scène : le drôle de type devant, des boucles longues dans le cou, des chaussettes à mi-mollets, qui fonce le sourire aux lèvres, alors que Bernard Vallet se martyrise en vain, la bouche grand ouverte. Néanmoins, il essaye encore, relançant en danseuse. Puis il s'assied, ou plutôt tombe sur sa selle, surpris, vidé, sonné. Sans le savoir, il vient de croiser son destin. Jamais plus il ne sera le meilleur. Sur sa route s'est dressé Bernard Hinault.

À l'époque dont nous parlons, il ne le pressent pas. Il croit qu'il s'agit d'un accident ; et l'avenir, en vérité, semble lui donner raison. Ne remporte-t-il pas, en 1973, à dix-neuf ans, le réputé Circuit des Monts du Livradois amateur, puis, en 1974, Paris-Évreux et une étape du Tour de l'Avenir ? N'enchaîne-t-il pas, l'année suivante, avec Paris-Dreux, la Route de France, le Circuit de la Drôme, le Trophée Peugeot, le Tour du Gévaudan - sans compter, juste en fin de saison, pour sceller son entrée chez les pros, sa deuxième place dans l'Étoile des Espoirs ! Un prodige, on le répète... Pendant ce temps, Hinault, lui, enrôlé par Gitane dès le mois de janvier, s'interroge et bat la semelle. En froid avec Jean Stablinski, son directeur sportif, il se dit près de jouer la carte Guimard...

La suite ? Sous le maillot Gan-Mercier, Bernard Vallet confirme, en 1976, son indéniable talent : deuxième de la célèbre Polymultipliée, deuxième d'étapes dans l'Étoile de Bessèges, Paris-Nice, le Tour de l'Aude. Mais Bernard Hinault, de son côté, avale les marches quatre à quatre, raflant Paris-Vimoutiers, le Circuit de la Sarthe, le Tour d'Indre-et-Loire, le Tour de l'Aude, le Tour du Limousin. Au championnat du monde, où les deux hommes se retrouvent en équipe de France, Vallet termine trente-sixième, sans peser sur la course. En revanche, le Breton impose son rythme. Il prend des relais incroyables, qui épatent jusqu'à Eddy Merckx. C'est parti pour dix ans.

Que resterait-il à Bernard Vallet ? Ce qu'il reste en pareil cas : les miettes ! Par exemple, Michel Laurent, autre espoir de cette génération, obtint une Flèche Wallonne, un Paris-Nice et un Dauphiné-Libéré, tandis que Jean-René Bernaudeau eut quartier libre sur quatre Midi-Libre. Quant au Drômois, il traça son propre chemin, mais laborieusement, comme si l'évidente supériorité d'Hinault l'avait complexé - ou comme s'il avait gagné trop vite et trop tôt, oubliant l'habitude du combat. Quoi qu'il en fût, à partir de 1979, ses résultats devinrent plus soutenus. Il décrocha, avec le Tour du Limousin, sa première course par étapes. Il s'offrit le Grand Prix de Rennes 1980 et une étape du Tour de France après un match splendide contre Bernard Thévenet. En 1981, battu par Serge Beucherie, il manqua d'un cheveu le titre national qui l'aurait totalement relancé. Il s'obstina cependant, et réalisa, de mars à juillet 1982, une série de performances dont on le croyait incapable. Notamment il y eut, pour la seconde année consécutive, une deuxième place dans le championnat de France. Mais il se consola de ce maillot perdu en revêtant la tunique blanche à pois rouges récompensant le meilleur grimpeur du Tour. Trois semaines de lutte, des échappées, des cols, les vivats parisiens : il sauvait sa carrière.

Adopté par le public, Bernard Vallet put s'attarder sur les pistes où il sentait que son coup de pédale, naturellement fluide, trouvait un terrain favorable. Non pas qu'il fût singulièrement rapide, mais il était vif, souple, élégant, habile. Aussi tira-t-il son épingle du jeu, dominant les Six-Jours de Grenoble en 1982, 1984 et 1987, et les Six-Jours de Paris en 1984 et 1986. (En 1984, il s'était également adjugé le championnat de France de la course aux points.) D'où sa tentation, quelquefois, d'abandonner la route au profit d'un monde moins rude... Sauf que cet ancien petit prince, éternel espoir, ne pouvait s'empêcher de rêver au grand soir ! Combien y avaient goûté, qui pourtant ne le valait pas. Alors, il s'arc-bouta. Il disputa encore le Tour de France, en quête d'une étape, et les classiques, en quête d'un miracle. Il essaya Bordeaux-Paris, en 1986, mais Gilbert Glaus et Guy Gallopin le mystifièrent au sprint, le laissant plus revanchard que jamais. Car s'il est un trait qu'il n'avait point abdiqué, c'était l'orgueil. En 1987, il revint donc, expérimenté, décidé et fier, soit dit au passage, d'être devenu le doyen des professionnels français. Face à lui, 619 kilomètres et un Duclos-Lassalle spécialement entraîné. Leur duel fut ce qu'il devait être, les coups de l'un répondant à ceux de l'autre. Puis, à deux kilomètres de l'arrivée, dans la côte de Fontenay-sous-Bois, Bernard Vallet s'isola enfin, d'un bond venu de très loin.
Pour toujours, il était justifié.

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.



Vallet en bref

* Né le 18 janvier 1954 à Vienne.
* Professionnel chez Gan-Mercier (1976), Miko-Mercier (1977 et 1978), La Redoute (1979 à 1983), La Vie Claire (1984 et 1985), RMO (1986 à 1989).
* Principales victoires : Tour du Limousin 1979 ; G.P. de Rennes 1980, 15e étape du Tour de France 1980 ; Tour d'Armor 1981 ; Tour de l'Aude 1982 ; G.P. de la montagne du Tour de France 1982 ; Bordeaux-Paris 1987. Vainqueur des Six-Jours de Grenoble en 1982 et 1984 (avec Frank) et 1987 (avec Mottet), et les Six-Jours de Paris en 1984 (avec Frank) et 1986 (avec Clark).