UNCP UNCP
L'UNCP est le syndicat professionnel des coureurs cyclistes français.
Créé il y a plus de 60 ans, il a pour vocation la représentation des coureurs et la défense de leurs intérêts collectifs et individuels.
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Sur la route Respectons nous! Campagne UNCP 2017

  • Route Pro Photo Bruno Bade
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  • Tro Bro Leon 2019 Photo Bruno Bade
  • Paris Camembert 2020 Photo Bruno Bade
  • Championnat d’Europe Photo Bruno Bade
  • Championnats du Monde de Cyclisme sur Route 2020Imola : Phénoménal Julian ALAPHILIPPE (Deceuninck-Quick Step), Champion du Monde 2020 (photo : P.Pichon)
  • Championnats du Monde de Cyclisme sur Route 2020Imola : Un Julian ALAPHILIPPE (Deceuninck-Quick Step) extraordinaire décroche le maillot arc-en-ciel (photo : P.Pichon)
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Gerardin Louis

Louis Gérardin, l'ordre de sprint...
 
Ancien champion du monde amateur de vitesse, puis trois fois vice champion du monde chez les professionnels, il consacra sa vie à l’art du sprint, devenant ensuite l’un des plus grands entraîneurs du cyclisme français. Portrait de Toto Gérardin, idole des pistes… 
 
Pour l’état civil, il était Louis Gérardin, né le 12 août 1912 à Billancourt, dans la Seine. Mais, pour la chronique sportive, il s’appelait « Toto », surnom inamovible qu’il avait fini par adopter comme un énième titre de gloire. Et quelle gloire ! Celle d’un gosse fluet mais nerveux, qui s’était révélé en 1929 dans le championnat de Paris de vitesse. La saison suivante, il se révélait encore, cette fois au plus haut niveau, devenant à Bruxelles champion du monde du sprint amateur Les observateurs firent leurs comptes : dix-huit ans, des ambitions, des succès : c’était partir beaucoup mieux que Lucien Michard, pourtant le meilleur sprinter français de l’histoire ! Forcément, les journalistes accoururent, songeant aux matchs qui opposeraient les deux hommes… D’un côté, notre prodige, passé professionnel en 1931 pour ramasser la pluie d’or annoncée. De l’autre, Michard, de neuf ans son aîné, champion du monde à six reprises. Le 12 juillet 1931, lorsque tous deux, filés par Lucien Faucheux, montèrent en piste pour leur première finale dans un championnat de France, chacun écarquilla les yeux. Gérardin ou Michard ? Le prince ou le roi ? Dans une ambiance survoltée, les duettistes terminèrent exactement dans le même temps, classés ex aequo derrière le troisième larron, Lucien Faucheux, ancien vice champion du monde chez les amateurs et chez les professionnels. Le public vibra longuement, ravi par cet essai prometteur.
            Les duels s’échelonneraient, nombreux. En 1932, devant des gradins archi-combles, Louis Gérardin mata sans discussion les indissociables Michard et Faucheux. Puis, en vieux lion jaloux de son règne, Michard prit sa revanche trois années durant, réglant d’un boyau ou d’une main celui qui se déclarait et son rival et son disciple. D’où des affrontements serrés, mais toujours courtois, où l’art du sprint dans son ensemble, l’art du surplace, du jaillissement, du bluff, du marquage, s’exprimaient en d’étourdissants déboulés. Ce fut d’ailleurs en ces occasions que les spécialistes soupçonnèrent ce qui deviendrait bientôt une certitude : malgré ses incontestables dispositions, Toto Gérardin manquait du « petit plus », ce que François Terbeen définissait comme « l’étincelle du jumper »[1]. Dans la dernière ligne droite, il plafonnait, incapable de répondre au double démarrage de Joseph Scherens, le successeur de Michard au sommet de la hiérarchie mondiale. Voilà pourquoi ce merveilleux athlète ne sut jamais revêtir, chez les professionnels, le maillot arc-en-ciel — trop court ! Trop court à Zurich, en 1936, quand Scherens relança subtilement. Trop court sur l’anneau de Paris, en 1947, quand le décidément génial Scherens, lui aussi rescapé des années trente et de la guerre, bondit au terme d’une finale houleuse, marquée par deux manches recourues. Amère, la vedette tricolore refusa d’aller saluer son vainqueur. C’est dire si sa déception était grande…
Il crut retrouver une chance en 1948, lorsqu’un autre vétéran formidable, Arie Van Vliet, le débarrassa de Scherens en demi-finale. Mais le Hollandais, déjà champion du monde sur sa piste fétiche d’Amsterdam en 1938, rêvait d’une seconde apothéose à domicile. Se sachant plus puissant, il choisit de passer en force, tel un hussard. Gérardin perdit pied. Il avait trente-six ans, et trop d’expérience pour entretenir de nouvelles illusions. Néanmoins, en 1949 puis en 1950, il s’acharna courageusement, récoltant deux strapontins (la quatrième place) qui n’étaient pas sans valeur. S’il devait tomber, autant que ce fût les armes à la main !
Restait son pré carré, comprenez le sacro-saint championnat de France. Vieux lion à son tour, le Parisien, soutenu par le public, y repoussa son déclin, d’abord contre Georges Senfftleben, puis contre Jacques Bellanger et Roger Gaignard, trois cadets d’envergure. Dire qu’il eut toujours la meilleure part serait beaucoup dire ; mais il eut encore des beaux soirs, témoins ses titres en 1949 et 1950, ou sa victoire dans le championnat de France d’hiver 1953, à quarante et un ans ! Il est vrai qu’à défaut de vitesse, l’incomparable Toto usait d’un savoir-faire magistral, qui paralysait ses adversaires. Tout lui servait : sa souplesse, cultivée par d’intenses séances de gymnastique ; son calme, proprement olympien ; son masque, volontairement énigmatique ; son regard, d’un bleu troublant, qui coupait comme la glace. Combien de femmes s’étaient-elles baignées dans ces yeux-là ? On savait pour Alice, son épouse légitime… Mais Édith ?... Oui, Édith Piaf, l’icône nationale, qui oubliait près de lui la disparition de Marcel Cerdan… Elle l’avait rencontré dans la clameur d’un sprint fou, puis avait noyé sa folie dans la sienne, multipliant entre le 15 novembre 1951 et le 18 septembre 1952 des lettres passionnées. Pour elle, il n’était plus « Toto », mais « Mr. Ma Merveille », « mon doux chéri », « mon adoré », « mon petit ange blond », « mon bel ange bleu », « l’Homme le plus aimé sur cette Terre »[2]. « J’ai fait le serment à l’Église que si tu venais je ne toucherais plus jamais un verre d’alcool de ma vie », lui écrivit-elle le 6 février 1952[3]. Abasourdi, effarouché, Louis Gérardin ne vint pas. La chanteuse convola avec Jacques Pills.
Brûlante aventure, cependant, qui le poursuivit longtemps après qu’il eut arrêté de courir… Dans les vélodromes où il s’était reconverti comme entraîneur national, on l’admirait autant pour ce qu’il aurait pu être — le dieu d’une reine — que pour ce qu’il avait été, et continuait d’être : un illustre professeur consacrant sa vie à l’ordre du sprint, et qui élevait, formait, couvait Pierre Trentin et Daniel Morelon. Est-il besoin de le souligner ? Ce duo hors de pair rapporta au cyclisme français quatre titres olympiques et neuf titres mondiaux. Louis Gérardin était justifié. 
 

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.


Louis Gérardin en bref
  • Né le 12 août 1912 à Boulogne-Billancourt, décédé le 23 mai 1982 à Paris.
  • Vitesse amateur : Champion du monde en 1930.
  • Vitesse professionnelle : Champion de France d’hiver en 1931, 1935, 1953. Champion de France en 1932, 1936, 1938, 1941, 1942, 1943, 1945, 1946, 1949, 1950. Élu « Guidon d’or » en 1968.



[1] François Terbeen, Dans la roue des champions, PAC, 1978, p. 33.
[2] Citations extraites de leur correspondance présentée et vendue 67.000 € à Paris, chez Christie’s, le 25 juin 2009.
[3]Ibid.


Gerardin Louis

Louis Gérardin, l'ordre de sprint...
 
Ancien champion du monde amateur de vitesse, puis trois fois vice champion du monde chez les professionnels, il consacra sa vie à l’art du sprint, devenant ensuite l’un des plus grands entraîneurs du cyclisme français. Portrait de Toto Gérardin, idole des pistes… 
 
Pour l’état civil, il était Louis Gérardin, né le 12 août 1912 à Billancourt, dans la Seine. Mais, pour la chronique sportive, il s’appelait « Toto », surnom inamovible qu’il avait fini par adopter comme un énième titre de gloire. Et quelle gloire ! Celle d’un gosse fluet mais nerveux, qui s’était révélé en 1929 dans le championnat de Paris de vitesse. La saison suivante, il se révélait encore, cette fois au plus haut niveau, devenant à Bruxelles champion du monde du sprint amateur Les observateurs firent leurs comptes : dix-huit ans, des ambitions, des succès : c’était partir beaucoup mieux que Lucien Michard, pourtant le meilleur sprinter français de l’histoire ! Forcément, les journalistes accoururent, songeant aux matchs qui opposeraient les deux hommes… D’un côté, notre prodige, passé professionnel en 1931 pour ramasser la pluie d’or annoncée. De l’autre, Michard, de neuf ans son aîné, champion du monde à six reprises. Le 12 juillet 1931, lorsque tous deux, filés par Lucien Faucheux, montèrent en piste pour leur première finale dans un championnat de France, chacun écarquilla les yeux. Gérardin ou Michard ? Le prince ou le roi ? Dans une ambiance survoltée, les duettistes terminèrent exactement dans le même temps, classés ex aequo derrière le troisième larron, Lucien Faucheux, ancien vice champion du monde chez les amateurs et chez les professionnels. Le public vibra longuement, ravi par cet essai prometteur.
            Les duels s’échelonneraient, nombreux. En 1932, devant des gradins archi-combles, Louis Gérardin mata sans discussion les indissociables Michard et Faucheux. Puis, en vieux lion jaloux de son règne, Michard prit sa revanche trois années durant, réglant d’un boyau ou d’une main celui qui se déclarait et son rival et son disciple. D’où des affrontements serrés, mais toujours courtois, où l’art du sprint dans son ensemble, l’art du surplace, du jaillissement, du bluff, du marquage, s’exprimaient en d’étourdissants déboulés. Ce fut d’ailleurs en ces occasions que les spécialistes soupçonnèrent ce qui deviendrait bientôt une certitude : malgré ses incontestables dispositions, Toto Gérardin manquait du « petit plus », ce que François Terbeen définissait comme « l’étincelle du jumper »[1]. Dans la dernière ligne droite, il plafonnait, incapable de répondre au double démarrage de Joseph Scherens, le successeur de Michard au sommet de la hiérarchie mondiale. Voilà pourquoi ce merveilleux athlète ne sut jamais revêtir, chez les professionnels, le maillot arc-en-ciel — trop court ! Trop court à Zurich, en 1936, quand Scherens relança subtilement. Trop court sur l’anneau de Paris, en 1947, quand le décidément génial Scherens, lui aussi rescapé des années trente et de la guerre, bondit au terme d’une finale houleuse, marquée par deux manches recourues. Amère, la vedette tricolore refusa d’aller saluer son vainqueur. C’est dire si sa déception était grande…
Il crut retrouver une chance en 1948, lorsqu’un autre vétéran formidable, Arie Van Vliet, le débarrassa de Scherens en demi-finale. Mais le Hollandais, déjà champion du monde sur sa piste fétiche d’Amsterdam en 1938, rêvait d’une seconde apothéose à domicile. Se sachant plus puissant, il choisit de passer en force, tel un hussard. Gérardin perdit pied. Il avait trente-six ans, et trop d’expérience pour entretenir de nouvelles illusions. Néanmoins, en 1949 puis en 1950, il s’acharna courageusement, récoltant deux strapontins (la quatrième place) qui n’étaient pas sans valeur. S’il devait tomber, autant que ce fût les armes à la main !
Restait son pré carré, comprenez le sacro-saint championnat de France. Vieux lion à son tour, le Parisien, soutenu par le public, y repoussa son déclin, d’abord contre Georges Senfftleben, puis contre Jacques Bellanger et Roger Gaignard, trois cadets d’envergure. Dire qu’il eut toujours la meilleure part serait beaucoup dire ; mais il eut encore des beaux soirs, témoins ses titres en 1949 et 1950, ou sa victoire dans le championnat de France d’hiver 1953, à quarante et un ans ! Il est vrai qu’à défaut de vitesse, l’incomparable Toto usait d’un savoir-faire magistral, qui paralysait ses adversaires. Tout lui servait : sa souplesse, cultivée par d’intenses séances de gymnastique ; son calme, proprement olympien ; son masque, volontairement énigmatique ; son regard, d’un bleu troublant, qui coupait comme la glace. Combien de femmes s’étaient-elles baignées dans ces yeux-là ? On savait pour Alice, son épouse légitime… Mais Édith ?... Oui, Édith Piaf, l’icône nationale, qui oubliait près de lui la disparition de Marcel Cerdan… Elle l’avait rencontré dans la clameur d’un sprint fou, puis avait noyé sa folie dans la sienne, multipliant entre le 15 novembre 1951 et le 18 septembre 1952 des lettres passionnées. Pour elle, il n’était plus « Toto », mais « Mr. Ma Merveille », « mon doux chéri », « mon adoré », « mon petit ange blond », « mon bel ange bleu », « l’Homme le plus aimé sur cette Terre »[2]. « J’ai fait le serment à l’Église que si tu venais je ne toucherais plus jamais un verre d’alcool de ma vie », lui écrivit-elle le 6 février 1952[3]. Abasourdi, effarouché, Louis Gérardin ne vint pas. La chanteuse convola avec Jacques Pills.
Brûlante aventure, cependant, qui le poursuivit longtemps après qu’il eut arrêté de courir… Dans les vélodromes où il s’était reconverti comme entraîneur national, on l’admirait autant pour ce qu’il aurait pu être — le dieu d’une reine — que pour ce qu’il avait été, et continuait d’être : un illustre professeur consacrant sa vie à l’ordre du sprint, et qui élevait, formait, couvait Pierre Trentin et Daniel Morelon. Est-il besoin de le souligner ? Ce duo hors de pair rapporta au cyclisme français quatre titres olympiques et neuf titres mondiaux. Louis Gérardin était justifié. 
 

© Christophe Penot

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Louis Gérardin en bref
  • Né le 12 août 1912 à Boulogne-Billancourt, décédé le 23 mai 1982 à Paris.
  • Vitesse amateur : Champion du monde en 1930.
  • Vitesse professionnelle : Champion de France d’hiver en 1931, 1935, 1953. Champion de France en 1932, 1936, 1938, 1941, 1942, 1943, 1945, 1946, 1949, 1950. Élu « Guidon d’or » en 1968.



[1] François Terbeen, Dans la roue des champions, PAC, 1978, p. 33.
[2] Citations extraites de leur correspondance présentée et vendue 67.000 € à Paris, chez Christie’s, le 25 juin 2009.
[3]Ibid.

 


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