UNCP UNCP
L'UNCP est le syndicat professionnel des coureurs cyclistes français.
Créé il y a plus de 60 ans, il a pour vocation la représentation des coureurs et la défense de leurs intérêts collectifs et individuels.
contact@uncp.net . Comité Directeur . UNCP B.P 36 – 38352 LA TOUR DU PIN

Sur la route Respectons nous! Campagne UNCP 2017

  • Route Pro Photo Bruno Bade
  • Route d’Occitanie 2020 Photo Bruno Bade
  • Tro Bro Leon 2019 Photo Bruno Bade
  • Paris Camembert 2020 Photo Bruno Bade
  • Championnat d’Europe Photo Bruno Bade
  • Championnats du Monde de Cyclisme sur Route 2020Imola : Phénoménal Julian ALAPHILIPPE (Deceuninck-Quick Step), Champion du Monde 2020 (photo : P.Pichon)
  • Championnats du Monde de Cyclisme sur Route 2020Imola : Un Julian ALAPHILIPPE (Deceuninck-Quick Step) extraordinaire décroche le maillot arc-en-ciel (photo : P.Pichon)
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Clere Regis

Régis Clère, fier, rude et brave


Il a remporté un titre national, trois étapes dans le Tour et deux à la Vuelta. Il a affronté Soukhoroutchenkov et Hinault. C'était un paysan fier, rude et brave. Portrait du Champenois Régis Clère...


Il s'était trompé d'époque, courant contre Hinault alors qu'il aurait dû affronter les forçats de la route. On ne prétendra pas que Régis Clère avait un ' Pélissier dans chaque jambe ', mais il en avait le courage et l'esprit. D'ailleurs, quand il fallut saluer l'homme et son œuvre, Philippe Brunel, dans l'Équipe, signa le commentaire suivant : ' Il lui reste la maigre satisfaction intellectuelle d'avoir été un vrai coureur, pas l'un de ces champions de pacotille créés par les médias. '1 On devine que l'intéressé s'en trouva requinqué : au moment où ces lignes tombaient, il se morfondait sur un lit d'hôpital, regrettant sa carrière écourtée par un accident de voiture. C'était en novembre 1989, une nuit de grand froid. Deux heures durant, les pompiers avaient cisaillé le drap de tôle froissée sous lequel le malheureux respirait, malgré une épaule et deux fémurs brisés. ' Un miracle qu'il soit vivant. C'est grâce à sa forte constitution ', avait expliqué, à deux-trois mots près, le chirurgien2...

Un miracle, oui. Le troisième ou quatrième d'une existence dont Régis Clère sera le seul à pouvoir tirer le bilan. Le sûr est qu'elle fut difficile et marquée très tôt par la lutte. Dans le monde qui était le sien, celui des derniers paysans, au cœur du plateau de Langres, mieux valait ne pas compter ses efforts. Quant à la paye... Elle était suffisamment chiche pour que le Champenois décidât de passer ses dimanches à vélo. Au départ, certes, une attirance, une vague passion, puisque c'était encore le temps où la terre donnait au cyclisme ses champions. Mais, moins que le succès, moins que l'épate, Régis Clère aimait l'idée que chaque victoire correspondrait à des sous, et les sous à des ares ! En somme, comme Poulidor avant lui, il voulait par le sport échapper à sa condition. C'était un besogneux, un type rude, peu causant, mais franc. Il croyait au mérite.

Et puis, quel bel athlète ! 1 mètre 78, 70 kilos, c'est-à-dire la carrure d'un rouleur vite appelé en équipe de France amateur. Premier coup de force ? Son triomphe dans l'épreuve sur route des Jeux Méditerranéens, en 1979. Puis il enchaîna en battant d'une seconde Sergeï Soukhoroutchenkov à Saint-Trivier-sur-Moignan, dans l'étape chronométrée du Tour de l'Avenir ! Un miracle, ou peu s'en faut, tant la vedette soviétique dominait ses rivaux. Le génie de Régis Clère fut de réitérer l'année suivante en coiffant une autre légende, Youri Barinov, d'une nouvelle minuscule seconde ! On imagine sa joie - on imagine aussi ce sentiment qu'il n'osait avouer, mais auquel il ne pouvait pas ne pas songer : la chance était de son côté. Par deux fois, elle l'avait adoubé...

Évidemment, ses débuts chez les professionnels, sous le maillot Miko-Mercier, en 1981, furent particulièrement attendus. Conscient des enjeux, le paysan de Maâtz s'applique. Il ouvre son palmarès dans la Flèche Azuréenne et termine deuxième de l'Etoile de Bessèges derrière Jan Raas. Dans Paris-Nice, il décroche de réguliers et prometteurs accessits, puis prend la troisième place du Critérium International, après avoir fait jeu égal avec Bernard Hinault dans les bosses et le contre-la-montre. Des photographies d'époque l'ont figé au coude à coude avec le champion du monde : deux purs-sangs, tendus par une même volonté. Nombreux sont alors ceux qui prédisent que Clère connaîtra, lui aussi, un destin magnifique... Car il poursuit, pétant de santé ! Le 21 avril, il s'impose dans le prologue du Tour d'Espagne. Il défend son maillot amarillo pendant neuf jours, puis remporte une seconde étape, toujours contre-la-montre, à Saragosse. Au classement général, il finit neuvième.

L'apothéose n'est plus loin. Elle aura pour décor le championnat de France de Bailleul, le 27 juin 1982. Sur un parcours sélectif, qui s'enroule autour du mont des Cats, l'inamovible Hinault rallie la majorité des pronostics. Certains rapportent également les noms de Bernard Vallet, Michel Laurent, Jean-René Bernaudeau, sortis à leur avantage des récentes confrontations. Mais, quand la course bascule, sous l'impulsion de Marc Madiot, Régis Clère parvient à établir la jonction. Puis il contre, à moins de cinq kilomètres du but, pour conclure seul, le dos plat, le pédalage puissant. C'est l'exploit, retentissant, qu'il manque de confirmer par un exploit, plus retentissant encore, dans la huitième étape du Tour de France. La veille, Jean-Pierre Danguillaume, son flambant directeur sportif, l'a mis au défi : ' Demain, 205 bornes entre Concarneau et Châteaulin. Si tu creuses l'écart dès le départ, tu peux prendre un tour au peloton en arrivant sur le circuit final et garder le maillot jaune jusqu'aux Alpes... '3 Bref ! un plan génial, parmi les meilleurs du cyclisme. Bravement, le nouveau champion national part à l'assaut. Lorsque le public, alerté par les radios, découvre l'incroyable gageure, il multiplie ses encouragements. Hélas, après 190 kilomètres d'échappée solitaire, Régis Clère échoue pour quelques hectomètres. La chance a tourné.

Une victoire d'étape dans le Tour de France 1983, pour vengeresse qu'elle fût, ne relança pas la machine. Miné, fatigué, Régis Clère vécut trois mauvaises saisons. C'est au point que, pour continuer à courir, il dut s'exiler chez Teka, en Espagne, pour un modeste contrat. Sa réaction? Un cru phénoménal ! En 1987, il s'adjugea le Tour de Midi-Pyrénées, le Trophée Sitram, une étape au Tour de Galice, deux étapes au Tour de France. 'Une revanche ?', lui demanda un téléreporter en évoquant les directeurs sportifs français qui l'avaient dédaigné. 'Oui, c'est une claque pour eux', répliqua-t-il4. Parce qu'au soir de sa carrière, Régis Clère restait l'homme des premières espérances : un besogneux, un type rude, peu causant, mais franc.

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.

 

Régis Clère en bref

* Né le 15 août 1956 à Langres.
* Professionnel chez Miko-Mercier (1981), Coop-Mercier (1982-1984), Peugeot (1985), Miko-Carlos (1986), Teka (1987-1989).
* Principales victoires : Ch. de France 1982 ; trois étapes au Tour de France ; deux étapes au Tour d'Espagne ; Flèche Azuréenne 1981, T. de Midi-Pyrénées 1987 ; Trop. Sitram 1987.


1 L'Équipe du 13 février 1990.
2 Ibid.
3 In Miroir du Cyclisme, juillet 1982.
4 In lagrandeboucle.com.


Clere Regis

Régis Clère, fier, rude et brave


Il a remporté un titre national, trois étapes dans le Tour et deux à la Vuelta. Il a affronté Soukhoroutchenkov et Hinault. C'était un paysan fier, rude et brave. Portrait du Champenois Régis Clère...


Il s'était trompé d'époque, courant contre Hinault alors qu'il aurait dû affronter les forçats de la route. On ne prétendra pas que Régis Clère avait un ' Pélissier dans chaque jambe ', mais il en avait le courage et l'esprit. D'ailleurs, quand il fallut saluer l'homme et son œuvre, Philippe Brunel, dans l'Équipe, signa le commentaire suivant : ' Il lui reste la maigre satisfaction intellectuelle d'avoir été un vrai coureur, pas l'un de ces champions de pacotille créés par les médias. '1 On devine que l'intéressé s'en trouva requinqué : au moment où ces lignes tombaient, il se morfondait sur un lit d'hôpital, regrettant sa carrière écourtée par un accident de voiture. C'était en novembre 1989, une nuit de grand froid. Deux heures durant, les pompiers avaient cisaillé le drap de tôle froissée sous lequel le malheureux respirait, malgré une épaule et deux fémurs brisés. ' Un miracle qu'il soit vivant. C'est grâce à sa forte constitution ', avait expliqué, à deux-trois mots près, le chirurgien2...

Un miracle, oui. Le troisième ou quatrième d'une existence dont Régis Clère sera le seul à pouvoir tirer le bilan. Le sûr est qu'elle fut difficile et marquée très tôt par la lutte. Dans le monde qui était le sien, celui des derniers paysans, au cœur du plateau de Langres, mieux valait ne pas compter ses efforts. Quant à la paye... Elle était suffisamment chiche pour que le Champenois décidât de passer ses dimanches à vélo. Au départ, certes, une attirance, une vague passion, puisque c'était encore le temps où la terre donnait au cyclisme ses champions. Mais, moins que le succès, moins que l'épate, Régis Clère aimait l'idée que chaque victoire correspondrait à des sous, et les sous à des ares ! En somme, comme Poulidor avant lui, il voulait par le sport échapper à sa condition. C'était un besogneux, un type rude, peu causant, mais franc. Il croyait au mérite.

Et puis, quel bel athlète ! 1 mètre 78, 70 kilos, c'est-à-dire la carrure d'un rouleur vite appelé en équipe de France amateur. Premier coup de force ? Son triomphe dans l'épreuve sur route des Jeux Méditerranéens, en 1979. Puis il enchaîna en battant d'une seconde Sergeï Soukhoroutchenkov à Saint-Trivier-sur-Moignan, dans l'étape chronométrée du Tour de l'Avenir ! Un miracle, ou peu s'en faut, tant la vedette soviétique dominait ses rivaux. Le génie de Régis Clère fut de réitérer l'année suivante en coiffant une autre légende, Youri Barinov, d'une nouvelle minuscule seconde ! On imagine sa joie - on imagine aussi ce sentiment qu'il n'osait avouer, mais auquel il ne pouvait pas ne pas songer : la chance était de son côté. Par deux fois, elle l'avait adoubé...

Évidemment, ses débuts chez les professionnels, sous le maillot Miko-Mercier, en 1981, furent particulièrement attendus. Conscient des enjeux, le paysan de Maâtz s'applique. Il ouvre son palmarès dans la Flèche Azuréenne et termine deuxième de l'Etoile de Bessèges derrière Jan Raas. Dans Paris-Nice, il décroche de réguliers et prometteurs accessits, puis prend la troisième place du Critérium International, après avoir fait jeu égal avec Bernard Hinault dans les bosses et le contre-la-montre. Des photographies d'époque l'ont figé au coude à coude avec le champion du monde : deux purs-sangs, tendus par une même volonté. Nombreux sont alors ceux qui prédisent que Clère connaîtra, lui aussi, un destin magnifique... Car il poursuit, pétant de santé ! Le 21 avril, il s'impose dans le prologue du Tour d'Espagne. Il défend son maillot amarillo pendant neuf jours, puis remporte une seconde étape, toujours contre-la-montre, à Saragosse. Au classement général, il finit neuvième.

L'apothéose n'est plus loin. Elle aura pour décor le championnat de France de Bailleul, le 27 juin 1982. Sur un parcours sélectif, qui s'enroule autour du mont des Cats, l'inamovible Hinault rallie la majorité des pronostics. Certains rapportent également les noms de Bernard Vallet, Michel Laurent, Jean-René Bernaudeau, sortis à leur avantage des récentes confrontations. Mais, quand la course bascule, sous l'impulsion de Marc Madiot, Régis Clère parvient à établir la jonction. Puis il contre, à moins de cinq kilomètres du but, pour conclure seul, le dos plat, le pédalage puissant. C'est l'exploit, retentissant, qu'il manque de confirmer par un exploit, plus retentissant encore, dans la huitième étape du Tour de France. La veille, Jean-Pierre Danguillaume, son flambant directeur sportif, l'a mis au défi : ' Demain, 205 bornes entre Concarneau et Châteaulin. Si tu creuses l'écart dès le départ, tu peux prendre un tour au peloton en arrivant sur le circuit final et garder le maillot jaune jusqu'aux Alpes... '3 Bref ! un plan génial, parmi les meilleurs du cyclisme. Bravement, le nouveau champion national part à l'assaut. Lorsque le public, alerté par les radios, découvre l'incroyable gageure, il multiplie ses encouragements. Hélas, après 190 kilomètres d'échappée solitaire, Régis Clère échoue pour quelques hectomètres. La chance a tourné.

Une victoire d'étape dans le Tour de France 1983, pour vengeresse qu'elle fût, ne relança pas la machine. Miné, fatigué, Régis Clère vécut trois mauvaises saisons. C'est au point que, pour continuer à courir, il dut s'exiler chez Teka, en Espagne, pour un modeste contrat. Sa réaction? Un cru phénoménal ! En 1987, il s'adjugea le Tour de Midi-Pyrénées, le Trophée Sitram, une étape au Tour de Galice, deux étapes au Tour de France. 'Une revanche ?', lui demanda un téléreporter en évoquant les directeurs sportifs français qui l'avaient dédaigné. 'Oui, c'est une claque pour eux', répliqua-t-il4. Parce qu'au soir de sa carrière, Régis Clère restait l'homme des premières espérances : un besogneux, un type rude, peu causant, mais franc.

© Christophe Penot

Retrouvez chaque mois la suite de cette série de portraits dans La France Cycliste,
le magazine officiel de la Fédération Française de Cyclisme.

 

Régis Clère en bref

* Né le 15 août 1956 à Langres.
* Professionnel chez Miko-Mercier (1981), Coop-Mercier (1982-1984), Peugeot (1985), Miko-Carlos (1986), Teka (1987-1989).
* Principales victoires : Ch. de France 1982 ; trois étapes au Tour de France ; deux étapes au Tour d'Espagne ; Flèche Azuréenne 1981, T. de Midi-Pyrénées 1987 ; Trop. Sitram 1987.


1 L'Équipe du 13 février 1990.
2 Ibid.
3 In Miroir du Cyclisme, juillet 1982.
4 In lagrandeboucle.com.

 


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