 Le billet de Marc FAYET : Portes drapeaux L'UNCP a 50 ans et va bientôt les célébrer dans l'allégresse. Le Rendez-vous aura lieu au mois de Juin en plein championnat de France afin de symboliquement montrer son engagement auprès des coureurs de France qui depuis un demi-siècle ont tous crus qu'ils pourraient être celui-là. Mais il n'y a pas de règles car si parfois c'est l'homme qu'on attendait, c'est encore plus souvent celui qu'on n'attendait pas. La meilleure preuve ? Jacques Anquetil n'a jamais été Champion de France Professionnel sur route alors que Poulidor, si. Vous en voulez encore ? Cyrille Guimard aux dizaines de victoires à son actif n'a jamais obtenu celle-là alors que Roland Berland n'a gagné que celle-ci… Deux fois. François Simon fut le seul de sa dynastie à l'emporter alors que Philippe Louviot l'emporta 56 ans après son grand père. Et puis la victoire de Serge Beucherie qui s'étonna lui-même, celle de Ludovic Capelle qui étonna ses médecins, qui lui avaient promis une hanche en plastique, les victoires coup sur coup des deux Marseillais Sibille et Tinazzi qui étonnèrent même les cigales… etc… Quand on y réfléchit un peu, c'est la magie de ces journées où espoirs, Juniors, femmes et hommes, tous vont titiller la gloire au milieu de leurs congénères qu'à juste titre ils traiteront comme leur égal. Egal parce que Français comme eux, égal parce que c'est le même rêve qu'ils auront faits la nuit précédente, et si on pouvait faire un montage de ces images nocturnes, ce serait près de 200 arrivées les bras en l'air qu'on comptabiliserait, déjà ceints du maillot tricolore… Et puis tiens ! Vous pourriez rajouter une 201ème image, parce que moi aussi j'aurais fait le même rêve pour cette journée où tout peut arriver. Il n'y a rien de plus beau que le maillot de champion de France, ''Le Drapeau'' comme l'appelle Marc Madiot, et si on se trouvait à faire un vœu en nous assurant qu'il serait exaucé ce serait celui-là, car c'est un maillot qu'on porte une année durant et qui même chez les plus ignorants sera immanquablement identifié, alors qu'un maillot de champion du monde ! C'est déjà un truc de spécialiste. En effet je ne suis pas sûr qu'en traversant Mortagne au Perche les gens se retourneraient en voyant passer le coureur, alors qu'en bleu blanc rouge, le fond de patriotisme qui demeure en chacun de nous, permettra au moindre badaud, ignorant de la chose cycliste, de comprendre à la seconde que c'est bien le Champion des Français qui survole l'asphalte de la rue des quinze fusillés.
L'avant dernier Week-end de Juin sur les routes du Finistère Nord planeront les fantômes de cinquante années de combat sportif et administratif, juridique et diététique, éthique et Mythique. Les histoires se rejoindront pour réussir cette fête qui sera celle de tous ceux qui ont offert un morceau de leur vie au vélo, j'espère qu'elle leur rendra bien.
Marc Fayet Avril 2013
publié le 4/26/2013 10:10:12 AM modifié le 4/26/2013 10:14:20 AM
Le billet de Marc FAYET : Un Tour de Chants On n'avait jamais vu ça ! me dit un des employés du Palais des Congrès. ''J'avais jamais vu autant de monde à un anniversaire au palais des congrès depuis celui de Charles Aznavour en 2004 à l'occasion de ses 80 ans''. C'est dire comme la référence était flatteuse. Le souvenir en était si vivace que quelques échos de ses chansons résonnaient encore pendant cette longue matinée. Dans cette cohue passionnée il me semblait d'ailleurs entendre comme un hymne ce premier couplet ''Viens voir les comédiens, voir les musiciens, voir les magiciens qui arrivent''. Foule bigarrée et multiple, tous acteurs d'un même spectacle chaque année renouvelé depuis 1903. Tous les membres de cette famille qui pour rien au monde n'auraient voulu manquer ce centième anniversaire, occupaient pour la première fois la totalité des fauteuils et pourtant, de manière tout à fait contradictoire, il y avait de nombreux absents ce jour-là. Certains étaient excusés, d'autres se sont excusés, d'autres pas encore, certains étaient retenus, d'autres se sont retenus, d'autres abstenus. On fêtait 100 printemps mais surtout 100 étés et aussi 100 hivers, car comment traverser un siècle sans trimballer son lot d'échecs, de déception, de rêves brisés. ''Le temps sans joie, le temps des merveilles, le temps d'un jour, le temps d'une seconde, le temps qui court ou celui qui gronde'' chantait Aznavour sur cette même scène. Le premier à gronder fut Monsieur Jean-Etienne Amaury qui sévèrement déplorait ''la présence d'individus malhonnêtes, certains ont été stoppés par la justice, d'autres doivent l'être''. Premier coup de semonce, premier avertissement adressé à cette famille turbulente et pourtant ce matin-là particulièrement docile et attentive devant lui, riant quand elle le voulait, applaudissant quand elle le sentait, se taisant quand il le fallait. Comme dans toute famille, il y a des tensions, des dissensions, des conflits, des jalousies et des méfiances. Il semblait même que des ruptures s'officialisaient et Charles qui chantait ''désormais on ne nous verra plus ensemble. Désormais mon coeur vivra sous les décombres''. Désormais c'est Christian Prudhomme qui prend la parole. Encore plus grave, mais sa voix le lui permet, encore plus tendu, mais son immense carrure est un atout, encore plus cinglant, mais sa fonction l'y autorise. ''Le Tour appartient à ceux qui l'aiment, il appartient à notre patrimoine, il fédère. L'ennemi ce n'est pas le cyclisme.'' Et l'écho de Charles fait entendre ''You are the one for me for me for me formidable !''. Applaudissements. Les rênes semblent être reprises même si certains s'agitent sur leurs fauteuils, que d'autres commencent à tousser ou à racler le fond de leur gorge desséchée, avant de recevoir la deuxième couche. ''La part des managers est essentielle. Ils doivent être au sens propre, les garde-fous…'' Reapplaudissements mais pas de tous. Acquiescements, hochements de tête contraires, sourires crispés, regards en coins, malaises et puis, et puis on passe à autre chose et Charles qui chantait : ''Camarade, tu étais mon seul ami mon camarade, tous les deux nous avons fait les barricades, mon camarade''. On annonce enfin le gâteau de la fête, l'officielle raison de notre présence à tous, le parcours de ce centième tour. Il est beau, plein de promesses, plein d'espoirs, plein de souvenirs aussi comme Charles: ''un jour ou l'autre, on veut faire à l'envers ce qui fut notre course mais on perd à remonter aux sources, un jour ou l'autre''.
Triomphe pour cette belle réussite qui nous mènera de Porto Vecchio à Paris. On finit par des champions sur la scène, de simples acteurs posés là, car on sait, en dépit de leur palmarès, qu'aujourd'hui ce n'est pas eux les plus importants. Le plus important c'est le public de Juillet sur le bord des routes, Ils seront 12 Millions, le plus important c'est la beauté de la France en Juillet, elle déroulera 3360 kms carrés de magie géographique. Le Tour est plus fort que tout semble être la devise du jour. La preuve en est, il a 100 ans et il est toujours présent, tout comme Robert Marchand également présent ce jour-là, le centenaire le plus rapide à vélo qui au bas de la scène serre vigoureusement la main de Christian Prudhomme comme si le centenaire qu'il est représentait le Tour à lui tout seul, remerciant ceux qui le soutiennent en dépit de ses errements passés, s'excusant déjà des écarts futurs. Puis c'est la fin de la cérémonie que beaucoup ont trouvée belle, que d'autres ont trouvée rebelle, d'autres l'ont trouvée décevante, d'autres insignifiante. Elle ne pouvait pas plaire à tout le monde, ni faire plaisir à tout le monde car tout le monde cherche le responsable de la situation qui est toujours l'autre forcément et pourtant comme le chante Charles ''Dans dix ou vingt ans qui sait, si enfin libre désormais d'un passé de bosses et de plaies faites d'orgueil et de bêtises, malgré le mal que tu me fais, connaîtrons nous enfin la paix ?''. Tous les espoirs sont donc permis même si au sortir du Palais les langues se délient, les regards se fuient, on refuse certaines poignées de main, on esquive quelques approches, on évite certains sujets car tout est à fleur de peau. Personne n'a la solution mais tout le monde a des idées. Chacun trimballe nerveusement ses propres questionnements, ses propres doutes cherchant de nouvelles alliances, réfutant de vieilles amitiés ''Mon ami mon judas, dans l'ombre joue avec ta proie, tire adroitement les ficelles, tu n'es pas bouffon, tu es roi, je ne suis que polichinelle, moi, doux rêveur et tête de bois''. Faut-il construire encore sur cette vieille bâtisse à la si belle apparence mais presque en ruine à l'intérieur ? Certains le croient, pas d'autres et pourtant tous sont venus au pied du vénérable centenaire c'est bien la preuve que malgré tout ils continuent à le respecter, à l'aimer en secret, comme moi ''Et moi dans mon coin, si je ne dis rien, je remarque toutes choses, et moi dans mon coin, je ronge mon frein, en voyant venir la fin'' Pour une fois Charles je ne suis pas d'accord avec ta chanson car moi je ne vois pas venir la fin, je vois un début… Début de je ne sais pas de quoi mais il est notre seule issue. Je sais que vous pensez tous comme moi alors continuons à y croire car c'était quand même un joli tour de chant, pas un chant du Cygne mais un chant du Signe, celui du destin, peut-être le dernier signe qu'il faut vite interpréter, qu'il faut rapidement saisir car ce 24 Octobre 2012 il est notre dernière chance de chanter comme Charles ''Emmenez-moi au bout de la terre. Emmenez-moi au pays des merveilles, il me semble que la misère serait moins pénible au soleil''.
Marc Fayet 26 octobre 2012
publié le 10/27/2012 12:31:31 PM modifié le 10/27/2012 1:21:25 PM
Le billet de Marc FAYET : Douche Oh ! Ma Douche - La Fête à Saint-Amand
Derrière ses petites lunettes étroites où de nombreuses gouttes perlaient, une coupe de champagne à la main et réfugié sous un morceau de tente alourdie par ces longues heures de pluie incessantes Marc Madiot se fendait avec sa une moue caractéristique d’un ''La fête est gâchée !'' et pourtant, alors que les coureurs avaient encore 3 tours à parcourir, il semblait fêter sans joie, mais avant tout le monde, cette victoire annoncée de sa FDJ, plus que jamais Française Des Jeunes. C’était à Saint-Amand les eaux un 24 Juin, ville qui n’avait jamais si bien porté son nom. Jamais de mémoire de suiveur on avait assisté à un tel déluge pour un tel rendez-vous. On aurait dit que ces douches permanentes avaient été installées, effort particulier du syndicat d’initiative, pour prouver que l’appellation de ville thermale n’était pas usurpée. Cette eau présente partout, sauf dans le verre de Marc Madiot, était un symbole fort en ces journées de consécrations nationales et pourtant on y pratique aussi, paraît-il, des bains de boue à odeur sulfureuse. Si, d’évidence il n’y avait pas de trace de souffre, on y décelait cependant des signes de souffrance car rouler 256 kms sans garder un poil de sec n’aide pas à la bonne humeur, surtout que quelques bains forcés s’y présentaient. En effet dans cette ville bénéficiant de 4 sources aux noms évocateurs comme ''Fontaine Bouillon'' ou ''Pavillon Ruiné'', je me garderais de citer la mienne, de source, mais elle m’apprit qu’un manager émérite y perdit sa place et son crédit, brutalement limogé avant que son jeune sprinteur qui ne peut que grandir, prit une médaille de bronze bien méritée. Cruauté du réalisme financier et sportif où chacun peut un jour ou l’autre se transformer en fusible, et comme on sait l’incapacité qu’ont l’électricité et l’eau à s’unir, la prudence doit toujours rester de mise avec sa procédure habituelle de mesures de sécurité. J’y appris également, par cette même source, qu’un solide coureur d’Europcar y découvrit sa non sélection pour le tour, peut-être en raison de son nom : ''que d’eau que d’eau'' semble avoir dit Bernaudeau ''et s’il n’en reste qu’un je serais celui-là'', c’est donc l’autre qui s’en alla et la progéniture qui le remplaça. N’y voyez là aucun jugement de valeur ! Il y a des logiques sportives liées aux raisons affectives qui sont indiscutables, mais tout comme on peut préférer l’Evian à la Vittel, on goûtera cette fois l’eau de Bernaudeau au lieu de celle de Charteau.
Sous ces douches permanentes, pendant laquelle notre fierté cycliste Hexagonale, à 50kms heures de moyenne, tentait de se tenir chaud en peloton, on laissa à quelques ambitieux la primeur de se tremper les premiers et c’est Chavanel qui s’y colla. Parmi les spectateurs encapuchonnés, une brochette d’anciens champions ayant remporté ''Le drapeau'' étaient venus rendre hommage à ce centième sacre. Emile, qui eut l’idée d’être celui de 1947, resta même stoïquement jusqu’à la fin pour fêter le trio d’une jeunesse pleine de promesses, des champions de demain : Bouhani, Demarre, Petit. C’est après l’épreuve, après le podium et après les larmes que le soleil perça enfin accompagnant les voitures, les trains et les avions qui partaient déjà pour Liège, début de la boucle estivale.
Plus de deux semaines plus tard, on revit le même Madiot, les lunettes séchées cette fois par les chaudes brises Jurassiennes, hurler des ''Vas-y môme !'' comme un forcené en emboutissant la portière arrière de la voiture qu’il ne conduit plus. Il encourageait de toute ses tripes d’ancien coursier, une autre pousse de son jardin, un nommé Thibaut Pinot, qui a davantage d’o dans son nom qu’il n’y en a dans Saint-Amand les eaux. Marc le poussait à sa victoire inattendue et c’est de larmes que ses verres de lunettes durent être inondés cette fois-ci et même le champagne dans sa coupe du soir devait avoir un goût salé. La fête ne serait pas gâchée cette fois-ci du côté de Porrentruy, et toute l’équipe pouvait siffler la bouteille après avoir sifflé sous la douche.
Et puis Mercredi le 16 Juillet c’est encore un nouveau festival des O… Pau, Madiot, Fédrigo. Il ne pouvait cependant n’y en avoir que pour la marque spécialisée dans le grattage, c’est Bernaudeau, un peu le poil à gratter du cyclisme Français, dont on connaît le besoin vital de briser la routine, qui décida de changer de rimes en faisant retentir la chanson de Rolland à la Toussuire sans tousser, puis par deux fois raisonner les monologues de Thomas, l’homme spectacle, qu’on pourrait surnommer aussi '' V eau claire '' vainqueur à Bagnères de si belle manière et même à Luchon pour faire sauter encore un bouchon après une belle mise en bouche à Bellegarde sur Valserine. 18 Juillet, Bagnères de Luchon, terme de l’étape infernale, et ville thermale qui comme Saint-Amand a son eau mais qu’elle garde précieusement dans ses bouteilles au lieu, dans ce haut lieu, de laisser les nuages se vider sans retenue. Car de nuage il n’y en eut qu’un tout petit durant ce tour, il était un peu gris et s’il y a encore un o dans son nom, il est encore raisonnable de penser que si cela se trouve, cet o qui zone, peu enclin à attaquer la couche d’ozone, était définitivement bien inoffensif. Fausse alerte dirons certains météorologistes bienveillants. Oui on peut l’affirmer il y a des signes qui ne trompent pas, des victoires qui ne se programment pas scientifiquement et rien de mieux que l’eau de sources à champions pour assainir des boissons parfois trop frelatées d’origines peu contrôlées. Faisons une ovation bien méritée à tous ces héros, sortes de Hérauts (ces officiers du moyen âge qui portaient les déclarations de guerre) qui ont enfin décidé d’en découdre sans complexe dans ce contexte avec Contrex. Tous avaient soif et nous ont remarquablement désaltérés. Maintenant que le robinet est ouvert, que la fontaine coule à flot, puisque une nouvelle source est découverte merci de nous avoir offert ce point de fraicheur pour les canicules à venir.
Marc Fayet Juillet 2012
publié le 8/13/2012 4:01:42 PM modifié le 8/13/2012 4:20:40 PM
Le billet de Marc FAYET : L'Amie saison Mon métier à moi c’est comédien et dans le calendrier de cette profession nous atteignons désormais la fin de saison, alors que dans votre calendrier cycliste vous n’en êtes qu’à la moitié qu’on nomme mi-saison, sorte de mi-chemin entre vos ambitions et vos objectifs. Ce qui laisse envisager encore de grandes espérances. Ma saison à moi a représenté plus de 240 représentations (''Les bonobos'' de et avec Laurent Baffie) comme autant de courses où chaque fois je devais franchir la ligne en vainqueur. Chez nous point de points UCI mais des points retraites engrangés, une grande consommation de cachets (Au moins 7 par semaines), Pas de contrôle ADAMS mais un contrôle URSAFF, pas de bilan sanguin, mais pas de bilans sans gains non plus. Quelques conquêtes, quelques bouquets, parfois la reconnaissance de mes pairs, parfois la cible des critiques, mais un véritable parcours de sportif de haut niveau auquel je me suis toujours identifié. Je dirais, pour analyser ma saison à moi, qu’elle restera en demi-teinte, car si la pièce obtint un gentil succès, je n’ai pas réussi cette année à ne décrocher aucune distinction : Pas de Molière en raison de l’annulation de la cérémonie, pas de César non plus, car je n’ai tourné dans aucun film en compétition, même pas un vague prix de deuxième catégorie classé 2.5. Bref ! A l’heure des comptes, on peut affirmer que ma saison fut somme toute assez décevante. Fort de cette remise en question, qui aurait pu entamer mon moral j’ai, grâce à vous, la possibilité par procuration et même par projection, de voir les choses autrement et entamer dans vos roues une deuxième partie de saison qui m’éloignera des planches, qui parfois peuvent être vaches, pour fréquenter le plancher qui souvent est celui des vaches, auxquelles vous ne cessez d’offrir ce spectacle coloré d’une horde roulante qui de Janvier jusqu’à Octobre va encore proposer ce spectacle exceptionnel de ces jambes musculeuses et huilées tournant tels des pistons dans une harmonie sublime qu’un peintre ne saurait rendre plus bouleversante. Quand je vois tout ce que vous avez accompli, j’en suis ''ébaubi'' ! Et les noms de tous les vaillants se bousculent comme autant de promesses futures : Simon, Démarre, Turgot, Perrichon, Petit, Gay, Vachon pour ne citer qu’eux alors que j’en oublie. Au rythme de la nature, comme des produits de saison qui murissent à point et apportent à l’organisme les vitamines indispensables à une bonne santé recherchée, voici des fruits qui atteignent la saveur souhaitée apportant au cyclisme Français ce goût enfin reconnaissable et inimitable d’un esprit collectif, ambitieux et plein de saveurs qu’on croyait à tort avoir perdu. Dans ce souci d’authenticité retrouvée nous assistons à un rendement et une production nationale comme on ne l’avait pas observée depuis bien longtemps. Ils rejoignent ainsi leurs aînés non moins brillants Voeckler, Fédrigo, Di Grégorio, Engoulvent…
La mi-saison, notre amie saison, a rejoint ''l’ami raison'', comme une prise de conscience de tous d’avoir œuvré souvent dans l’ombre et parfois dans un certain mépris, tel des artisans, des producteurs pointilleux et jalousés, afin d’imposer cette nouvelle génération de champions élevés en plein air, sans adjonction de selle, aidés de compléments trans-générationnels et non pas transgéniques. Cette nouvelle ère qui s’annonce, va, sinon changer la face du monde, changer celle de pas mal de monde et nous faire entrer à mi-mandat, mi-période, mi- course dans la cours des grands. Putain ! On va leur montrer de quel bois français on se chauffe : du hêtre (C’est à dire du ''être'' ), beaucoup de boulot et du Pin sur la planche! Je suis avec vous avec mon petit 50/12 mais je ne lâcherais pas, je reste devant la voiture balais et je vous promets de monter un 53 dès que me jambes me le permettront, c’est-à-dire à la fin de votre saison… Peu après le début de la mienne.
Marc Fayet Mai 2012
publié le 5/17/2012 8:30:13 AM modifié le 5/17/2012 8:37:23 AM
 Le billet de Marc FAYET : Rendez-vous Attention les amis ! C’est la distribution des prix ! Nous voici dans cette période ou tous (presse écrite, radio, télévision) y vont de leur classement du sportif de l’année. Alors vous comme moi, nous nous empressons de chercher où se situe le premier cycliste et de débusquer non sans fébrilité combien sont parvenus à s’immiscer dans des listes parfois trop exhaustives. Pour être encore plus cocardiers nous préférons de loin les classements de sportifs français pour avoir plus de chance d’y trouver un coureur nationalement émérite. Heureusement ! Après un rapide tour d’horizon notre honneur semble sauf car Thomas Voeckler apparaît régulièrement et en bonne place puisque le voici qui intègre très régulièrement le top 10. Saint Thomas qui, après avoir porté le maillot de champion de France et craignant de se sentir nu, s’est empressé de le troquer pour un maillot jaune encore plus visible lors de son rendez-vous avec l’histoire et avec le Tour, bref avec l’histoire du Tour. On y découvre également une habituée de ces classements depuis trente ans, fidèle à ce rendez-vous, notre Jeannie, au nom approprié, car Longo ça doit vouloir dire long en italien, long comme une carrière sans fin. A l’âge où d’autres sont grand-mères, en voici une qui force l’admiration par n’importe quel temps et n’importe quelle tempête. On peut trouver aussi Grégory Baugé grâce au rendez-vous mondial qu’il a su honorer. En cherchant bien, mais beaucoup plus loin, on peut y trouver une trace de Sylvain Chavanel qui a refusé (sur ordre d’une équipe ? ) le rendez-vous du Ronde mais a honoré (en ordre et sans équipe) celui de Boulogne et Pierre Rolland qui s’est invité à l’Alpe d’Huez où personne ne lui avait donné rencard. Notre discipline est donc présente, c’est un constat rassurant. Néanmoins ce qui m’interpelle dans ces classements c’est qu’en dépit du numéro un indiscutable des champions français qu’est Sebastien Loeb, régnant sans partage sur le Rallye mondial, on peut y voir Sébastien Chabal qui n’est à ma connaissance que champion de la campagne de pub, puisqu’on ne compte plus les marques et produits qui se payent la barbe la plus rentable du rugby français. On peut y découvrir Laure Manaudou, emblème publicitaire pour sa qualité de mère plus que de nageuse au come-back très poussif ou encore Tony Parker venu pointer en France pour cause de chômage aux états unis. Or, nos cyclistes français eux ont gagné moins d’argent mais plus d’épreuves, certains ont fait moins de campagne de pub mais bien plus d’audimat. Il n’y a donc pas de vraie justice objective. Cependant dans cette liste j’en inscrirais d’autres comme Romain Feillu, premier à Quimper et 6ème à Copenhague, exact aux rendez-vous également Arnaud qui finit aussi bien qu’il ne Demarre, David Moncoutié qui donne ses rendez-vous en Espagne et John Gadret en Italie… Et pourtant, par une fatalité qui semble nous coller aux cales chaussures c’est une histoire de rendez-vous manqué qui va nous contrarier ce début de saison. Il paraît que Jeannie, il parait que Grégory, il paraît que Yoann ont posé des lapins à l’imprévisible Adams… Sacré Adams ! Celui-là même qui vous grignote votre existence tellement il a besoin de vous localiser à chaque jour et à chaque nuit, à chaque heure et chaque minute de votre vie. Pourtant il est respectable Adams, mais voilà ! Il est susceptible, un peu paranoïaque aussi et il peut très vite vous pourrir la vie s’il sent que vous lui échappez. Alors je n’aurais qu’un conseil pour cette année ''n’oubliez pas Adams pour ne pas énerver LUCI''… Car ces deux-là font la paire, ces deux-là font affaire et il faut faire avec ces deux-là. La vie est faite de rendez-vous, il y a ceux qu’on donne et ceux auxquels on répond, et puis il y a les hasards et les envies, les coïncidences et les opportunités, les désirs violents et les approches patientes… C’est votre vie de champions, entre contraintes et libertés, entre rigueur et folies. Ce serait vraiment con de manquer toutes ces émotions pour un rendez-vous manqué. Alors soyez exacts, faites ce que vous avez à faire et nous nous chargerons de raconter l’histoire, de raconter votre histoire. Le cyclisme Français a pris rendez-vous avec l’histoire, c’est une certitude aujourd’hui et moi j’ai pris rendez-vous avec vous… Ne nous manquons pas ! Vive la nouvelle saison ! Marc Fayet Janvier 2012
publié le 1/28/2012 11:45:09 AM modifié le 1/28/2012 11:48:12 AM
 Le billet de Marc FAYET : La vie en bleu en Roux et en Vert, C’était un dimanche à Boulogne sur mer et une épaisse brume semblait envahir les hauteurs de la ville comme si elle voulait nous entretenir dans une sorte d’indécision, plus encore, un mystère sur ce qui allait se dérouler sous nos yeux. Parvenus sur ces sommets stratégiques où telles des installations de campagne le PMU, la ligue Française de Cyclisme ainsi que l’UNCP avaient élu domicile, nous pouvions nous imaginer soldats d’une armée officielle prête à en découdre contre l’envahissement de nos émotions.
C’est ici aux abords de la Rue de la Tour d’Ordre bien nommée, que patiemment, sous les déclarations sporadiques et mal renseignées d’un porte-voix, sorte de harangueur de troupe destiné à nous donner du cœur à l’ouvrage, nous attendions que l’heure de l’assaut nous soit communiqué. Entouré de quelques grognards affutés à l’œil vif et à la tenue uniforme, j’écoutais leurs mises en garde, tels des formateurs bienveillants, me fourbissant les armes pour ne rien rater de cette journée décisive car ils avaient le privilège d’en connaître chacun de ses guerriers, de l’homme de troupe jusqu’au plus haut gradé.
Puis soudain la rumeur enflait et c’est une vingtaine de soldats haletants et émérites qui passèrent enfin devant nous, tentant d’échapper à la poursuite d’une meute affamée qui semblait néanmoins retarder l’heure du repas afin d’en apprécier encore davantage la saveur. Pas de doute le combat débutait et c’est d’une manière palpable que près de la tente UNCP mes coreligionnaires, sous le commandement d’un homme dynamique et au crâne lisse, tête pensante du petit groupe me semblait-il, commencèrent à dresser quelques hypothèses audacieuses sur les heures à venir. Observateur privilégié je tentais d’en saisir toutes les informations sagaces. La brume, presque du brouillard parfois, occupait encore le terrain autour de ce fort de fortune mais peu à peu, tour après tour, c’est un soleil pugnace qui par une volonté inaccoutumée dans ces contrées livra sa bataille pour chasser à jamais cette masse cotonneuse offrant aux belligérants une visibilité accrue que la situation semblait vouloir éclaircir. Afin d’entretenir notre fougue, une collation roborative d’inspiration ibérique nous fut proposée destinée à caler nos ardeurs, tandis que dans les rangs des combattants, les probables effluves avaient aiguisé les appétits. C’est ainsi que se dessinèrent deux desseins, deux destins… Les deux capitaines de deux armées opposées, l’une vendéenne, l’autre Wallonne, un très vert l’autre plutôt bleu. A n’en plus douter c’est entre ces deux là que la lutte finale se jouerait. Si l’un disposait encore d’une armée à peine décimée, l’autre au contraire aux commandes d’une troupe de déserteurs ne pouvait compter que sur sa seule force et sa seule volonté. Le combat des chefs s’annonçait et la troupe d’observateurs que nous étions commençait à en mordre méchamment. Ce ne sont pas les liquides pétillants offerts par le plus ancien des grognards, un homme sec et mat, accueillant et chaleureux, qui altérèrent nos sens, bien au contraire, cette saine contribution alcoolisées n’était destinée qu’à réguler nos épidermes agressés maintenant par ce soleil de plomb venu éprouver notre résistance. Invité à suivre le parcours derrière les troupes qui commençaient à compter leurs morts, nous étions bien installés dans un véhicule scrutateur quand un autre grognard de l’UNCP, tempérament modérateur au verbe doux et à la modestie sensible, commença à analyser la situation comme s’il en était un des scénaristes. Analysant la puissance dégagée par les principaux protagonistes l’issue semblait se peindre enfin.
Nous n’en perdîmes pas une miette, surtout lorsque retournant au fort pour suivre les deux derniers passages, un autre membre de cette petite équipe de grognards, un homme méthodique à la science infuse et aux diplômes avérés, me renseigna sur la résignation du vert et la confirmation du bleu. Le thermomètre dépassait les 30° dans cette ville qui historiquement a rarement chauffée autant, mais l’excitation du combat y était pour quelque chose, la grandeur de l’événement également. Le plus jeune des Grognards de L’UNCP, homme brun et séduisant à la réputation sans tache, et à l’attention permanente, me fit part du beau cru que la journée nous réservait, ne réservant pas son pronostic, comme nous tous pris par l’intensité du combat.
Et c’est ensemble que nous assistâmes au sacre tant attendu, à la gloire indiscutable d’un champion hors d’atteinte, un capitaine venu de Châtellerault et parti offrir sa fougue à un détachement Belge de guerriers par trop classiques, mais dont il ouvre à chaque apparition des perspectives éblouissantes. De fait, Le bleu triomphait aujourd’hui, celui du ciel lavé et puissant, celui du maillot vainqueur, trempé et odorant. Le fait bleu et le fait vert. Ce vert de cette herbe que nous avons foulé et usé, comme celui de ce maillot du vaincu émoussé mais toujours digne. Entre ces deux couleurs, une seule teinte, le Roux. Ces deux chefs de guerre arbitrés par un jeune ambitieux, ont livré le plus beau des affrontements.
/user/textes/Le_Billet_De_Marc_Fayet/z_tn_Marc_Fayet_La_Vie_En_Bleu_En_Roux_Et_En_Vert2.jpg) Après ce dénouement inscrit désormais au panthéon des plus hauts faits d’armes et avant la séparation, nous étions enfin tous réunis et j’étais là, simple visiteur au milieu de cette petite équipe de joyeux grognards vêtus de leur tenue de campagne estivale, cette chemise d’inspiration basque et de transpiration boulonnaise. Cette liquette à la griffe célèbre m’affirmait-on, mais à l’appellation mystérieuse car aucun des cinq porteurs ne parvint à en offrir la traduction exacte. Pour certains cela voulait dire bonjour, pour d’autres au revoir ou encore bienvenue… Quoi qu’il en soit tout était dit dans ces trois mots qui escortèrent ma journée et c’est en ligne que les cinq représentants de l’UNCP, section d’élite et de protection reconnue d’utilité professionnelle, me saluèrent en chœur et j’eu la vision de ce qu’ils étaient véritablement : des mousquetaires épris de justice et de justesse, qui ont veillé à ma protection comme à celles des 175 soldats venus ce jour-là fêter la France bleue et la verte aussi ainsi que toutes les couleurs de l’espoir qui sont toutes les teintes de la victoire.
Merci à nos 5 Mousquetaires « Jean-Claude, Pascal, Xavier, Christophe et Carlos ».
Marc Fayet 30 Juin 2011.
publié le 7/17/2011 4:55:15 PM modifié le 9/30/2011 8:05:38 PM
Le billet d'humeur de Marc FAYET : EPREUVES A L’APPUI Tentons ensemble de donner la véritable définition de quelques synonymes. Mais attention, dans le vélo comme dans le dico, il y a parfois de faux amis. Qu’est-ce que qu’une belle épreuve ? C’est par exemple un Championnat du Monde en Australie où des vainqueurs potentiels se livrent une lutte passionnante sur un parcours d’une incroyable difficulté, et qui se finit par la victoire d’un Viking Norvégien indiscutable. Qu’est-ce qu’une dure épreuve ? C’est par exemple une situation immonde dans laquelle une instance Internationale délivre des résultats troublants sur des analyses qui nous plongent dans d’insondables perplexités pour se finir par un grand coup de boutoir à la réputation d’un pistolero Ibérique qu’on croyait insoupçonnable. Qu’est-ce qu’une preuve ? C’est ce que nous n’avons pas encore. Qu’est-ce qu’un homme durement éprouvé ? C’est par exemple un coureur à l’esprit offensif qui, sans démériter, accomplirait les 260 kms d’un parcours mondial dans un engagement total mais finirait dans l’anonymat le plus absolu, n’ayant même plus la force ni l’énergie de descendre de son vélo. Qu’est-ce qu’un homme très éprouvé ? C’est par exemple un Manager à l’esprit combatif qui, sans démériter, après avoir accompli un parcours décennal au sein du Gotha professionnel, finirait dans l’abandon le plus résolu n’ayant plus le courage ni l’énergie de défendre son credo. Qu’est-ce qu’un réprouvé ? C’est quelqu’un qu’il ne faut pas désigner encore. Qu’est-ce qu’un miracle ? C’est par exemple un sponsor de dernière minute qui, au mépris des règles habituelles du dédain, vient sauver dans les extrêmes secondes de l’échéance ultime, une équipe que tout le monde donnait pour morte. Qu’est-ce qu’un miracle ? C’est par exemple une vache espagnole qui, au mépris des règles habituelles de sécurité, vient déposer dans les dernières secondes de la déchéance ultime, les preuves qu’elle a bien connue Margarita, la vache un peu trop accro au Clenbutérol. Qu’est-ce qu’un vrai miracle ? C’est ce à quoi le cyclisme mondial ne croit pas toujours et pourtant il y en a un qui s’est glissé dans ce texte, saurez-vous l’identifier ? Qu’est-ce que l’espoir ? C’est une forme d’espérance. Qu’est-ce que l’espérance ? Le contraire du désespoir. Qu’est-ce que demain ? Demain est un autre jour. Alors vivement demain. Marc Fayet Octobre 2010
publié le 6/22/2011 8:56:32 AM modifié le 6/22/2011 8:56:53 AM
Le billet de Marc FAYET : La grande petite histoire Il y a des dates qui ont cette capacité extraordinaire de s’imprimer définitivement dans nos mémoires. Ces dates inoubliables sont souvent reliées à un événement historique mais confortées par un autre parfois bien mineur, tout dépend de l’endroit où on se place. Pierre Desproges avec son humour sans concession le racontait d’ailleurs très bien « Le jour du récent tremblement de terre de Mexico, le gamin de mon charcutier s’est coupé un auriculaire en jouant avec la machine à jambon. Quand cet estimable commerçant évoque aujourd’hui cette date, que croyez-vous qu’il lui en reste ? Etais-ce le jour de la mort de milliers de gens Inconnus ? Ou bien étais-ce le jour du petit doigt ? »
Eh oui ! On ne se souvient fortement que de ce qui nous touche au plus près. Dans le prolongement de cette démonstration, je suis persuadé que si nous avons tous étés dernièrement frappés par une date, c’est celle du 2 Septembre 2010. Pour certains il s’agira des aveux d’Eric Woerth concernant le petit coup de pouce pour la Légion d’honneur de Patrice de Maistre, pour d’autres ce sera la première poignée de mains depuis longtemps entre Israéliens et Palestiniens pour une énième tentative de réconciliation et pour nous, j’entends les suiveurs, les coureurs, les professeurs, les admirateurs, ce sera probablement la disparition comme une fatalité de Laurent Fignon. Non pas que les autres événements puissent nous désintéresser, mais celui qui nous permettra de nous souvenir de cette date sera sans conteste la mort de cet emblème du cyclisme des années 80.
Durant ce tour 2010 que nous venons de vivre et lorsque je tentais de suivre sur France télévision la retransmission des étapes, je n’ai pu m’empêcher en écoutant ce consultant au verbe cassant sous une voix brisée, de me souvenir de ses prédécesseurs tout aussi célèbres et qui comme lui et jusqu’au bout ont tenu à participer de ce grand rendez-vous sportif, tentant du mieux qu’ils pouvaient de vibrer une dernière fois aux exploits des nouveaux héros qui les avaient remplacés.
Jacques Anquetil en 1987 par exemple, tint malgré son cancer et ses traitements, à commenter le tour qui lui aussi fut le dernier. Et dans les Pyrénées, c’est là qu’il vit Erik Breukink emporter l’étape Bayonne-Pau du 13 Juillet et comment Charly Mottet se battit pour préserver son maillot jaune de leader. Puis je me souvins aussi de cet autre consultant légendaire qui commenta jusqu’au bout de ses forces et de sa mémoire le tour 1994, Robert Chapatte, qui près de Patrick Chêne enchaîna les malaises, parfois en direct et dû quitter le tour lors de cette 11ème étape du 13 Juillet… Dans les Pyrénées encore et après la victoire de Luc Leblanc, c’était à Lourdes. On ne le revit plus jusqu’à sa mort en 1997.
Alors durant ce tour 2010 et tandis que j’observais Laurent Fignon lors de ces étapes Pyrénéennes Mythiques et prometteuses, commentant avec ferveur le triomphe des Français Riblon, Voeckler et Fedrigo, je ne pu m’empêcher d’y voir à nouveau un signe pas forcément morbide, mais venant alimenter la grande histoire de ce sport où quelques voix sont venues résonner, jusqu’à se mettre dans le rouge : cuits, vidés, cramés qu’ils furent sans avoir l’assurance de repartir le lendemain, comme des coureurs qu’ils n’avaient jamais cessé d’être. Anquetil, Chapatte, Fignon sont presque morts devant nos yeux, poussant leur dernier souffle à nos oreilles qui jamais ne les oublieront. Ces trois personnages avaient pour eux la science absolue du cyclisme et de ses méandres pour ne pas dire ses turpitudes. Jacques Anquetil avait toujours eu un certain goût de la provocation et une manière d’asséner un réalisme proverbial que Fignon prolongea à sa manière, en rajoutant cette note de cynisme plus en accord avec notre époque. Cette particularité qui leur attirait bien des inimitiés ne les empêchait nullement de montrer une véritable passion pour leur sport et les exploits qu’ils accomplirent pour lui presque au-delà du raisonnable.
Ces trois là avaient tout donné et c’est un cadeau pour nous qui ne sera jamais un fardeau, car ils permettent d’écrire la légende du cyclisme qu’on peut connaître ou pas, mais qui nous accompagnera toujours quelles que soient les mutations du futur. Alors étaient-ils conscients de leur contribution à cette légende ? Nul ne peut le dire mais ils y travaillèrent tout de même en laissant en écho quelques phrases à la hauteur de leur courage et de leur lucidité fut-elle ironique. C’est Jacques Anquetil qui sur son lit d’hôpital avouait à Raymond Poulidor « Cette fois encore tu finiras deuxième » C’est Laurent Fignon qui dira à Thierry Adam avant de le quitter « Tu sais, je crois bien que ce sprint là, je vais le perdre » tandis que Robert Chapatte au lendemain de sa défaillance à Lourdes offrit « Je me suis endormi à Lourdes et me suis réveillé à la Pitié ».
Alors, laissons leur les dernières pensées qu’on aura l’habileté de noter sur nos carnets afin de grossir encore la somme de mots d’esprit ou de saint esprit, pour le grand livre qui saura raconter notre grande histoire, celle de nos vies cyclistes, ingrates et cruelles mais empreinte de cette dose d’humour qui fait toujours du bien à la postérité. Marc Fayet Septembre 2010
publié le 6/22/2011 8:55:56 AM modifié le 6/22/2011 8:56:09 AM
 Le billet d'humeur de Marc FAYET : Coupe de France Crédit Agricole 2009
Nous avons vécu cette saison quelque chose de particulièrement inquiétant qui semble d’emblée nous faire entrer dans une sixième voire une septième dimension. Je veux parler d’une singularité numérique que seule la coupe de France est capable de générer. Je m’explique. En lisant quelques documents officiels j’ai découvert que de Cholet Pays de Loire jusqu’au Tour de Vendée il y avait cette année 11 épreuves de la coupe de France et pourtant !… et pourtant si Cholet Pays de Loire porte le numéro 1 de cette coupe de France le Tour de Vendée portait sur les documents que j’ai lu le numéro 12… 11 courses 12 numéros. D’où vient cette énigme ? Les plus cartésiens me répondront « Espèce de Patate ! C’est parce que le Grand Prix de Rennes a été annulé » Je veux bien, mais pourquoi préserver un numéro pour une course fantôme ? Si le numéro 12 est gardé c’est qu’on veut continuer à nous faire croire que l’épreuve numéro 2, ce fameux Grand Prix de Rennes qui n’a pas eu lieu, a tout de même eu lieu sans avoir eu lieu ! Alors devant cette existence subliminale, comme si c’était une volonté de ne pas l’effacer de notre esprit, je me suis mis à rêver au déroulement de ce Grand Prix de Rennes 2009 qui n’a pas eu lieu mais qui a tout de même eu lieu… sans avoir eu lieu… et d’en dresser moi-même le scénario. Pour moi voilà comme ça s’est passé.
« C’est un coup fameux, une échappée royale qui s’est dessinée dans les tout derniers kilomètres formée de quelques beaux coureurs et qui réunit : Dimitri Champion, Saïd Haddou, Thomas Voeckler, Jeremy Galand, Mathieu Ladagnous, et Benoit Vaugrenard. Les voici à 500 mètres de l’arrivée et ils s’observent. Daniel Mangeas ne respire plus que toutes les 4 phrases, le public tape sur les banderoles le long des barrières à s’en faire saigner les mains, Yvon Sanquer posté derrière la ligne, habituellement rechargé comme une pile électrique ordinaire semble être passé aux piles alcalines. Patrick Chassé et Jacky Durand ont fait leur pari sur le gagnant du jour mais ce sera en vain car aucun des deux ne gagne jamais. Et David Lappartient le tout nouveau Président de la Fédération attend un autre exploit que le sien, lui qui dans sa dernière course a fait 1, devant Callot 2 et Guimard 3. 300 mètres ! Saïd lève sa grande carcasse et transforme son sourire en grimace il est devant… 250 mètres c’est Thomas qui veut sortir mais Mathieu lui ferme la porte… 200 mètres Benoit est en vitesse de pointe et prend le dessus… 150 mètres et c’est Jeremy, celui qu’on n’attendait pas, qui n’attend plus. 100 mètres voilà Dimitri qui y croit, il n’a jamais cessé d’y croire… quand tout à coup !… venu de nulle part un homme coupe la ligne et la politesse tel un boulet de canon et de manière magistrale, comme un diable sorti de sa boîte il s’impose devant tous les autres et c’est… Et c’est Jimmy Casper ! Oh Merde ! Encore lui… c’est sa 4ème épreuve gagnée cette saison ».
Là je suis désolé, je n’ai rien pu faire. Il était vraiment plus fort que toutes nos imaginations cette année. Alors Grand Prix de Rennes ou pas Grand Prix de Rennes, de toute façon il aurait gagné alors !
Mais franchement, on s’y serait crû non ?
Mais essayez vous aussi ! Je vous assure que c’est vachement excitant de remplir les trous laissés par l’histoire. J’ai réussi comme çà en pensée à reconstituer des tas de courses fantômes prenez le grand prix d’Isbergues par exemple qui était cette année à sa 63ème édition et qui a vu Stablinsky, Moncassin et Vasseur y triompher…La course existe depuis 1945 alors j’ai imaginé celle de 44 celle qui n’a pas eu lieu, celle qui n’existe pas. J’y ai distingué d’abord au loin (oui parce qu’il n’y a pas la télé à l’époque.) j’y ai distingué en noir et blanc une sorte de… berger, Puis une espèce de vicomte et comme… une tête de cuir. Les voici en train de se disputer la victoire et ça y est je les reconnais, c’est « Biquet trompe la mort » qui brûle la politesse au « bisontin futé » et à « Fache le Berger de Manosque » Robic, De Gribaldy et Flacheitner pour ne pas les nommer. Ah ! ça y allait les surnoms, à l’époque. Ça roulait plus lentement mais ça déconnait plus vite.
J’ai imaginé la Polynormande de 79, celle qui n’a pas existé et j’y ai fait gagner tout seul et détaché Jean-François Pescheux juste pour le voir lever les bras autrement que pour gueuler aux motos d’avancer.
Le trophée des Grimpeurs ancienne Polymultipliée qui existe depuis 1913 et j’ai imaginé qu’en 1917 puisque les Français étaient occupés à se faire massacrer sur le chemin des dames, j’ai imaginé Octave Lapize l’emporter car il volait littéralement ce jour là et c’est justement en vol qu’il se fit descendre un 14 Juillet 1917. Tu parles d’un feu d’artifice ! C’est formidable de refaire un peu l’histoire allez je m’en avale encore une petite pour la bonne bouche : Paris Camembert en 1940. Ils étaient trois à l’arrivée Vlaemink mais pas Maurice… Lucien. Hendrickx mais pas Jimmy… Marcel et Wagner mais pas Richard… Gustave. Que des artistes quand même et c’est Archambaud que je fais gagner, oui Archambaud Maurice, le coureur de poche, en souvenir de la boutique de cycles qu’il tenait Boulevard Edgar Quinet juste derrière ici à Montparnasse.
Allez ! Une petite dernière et on va se coucher. La Chateauroux Classic de l’Indre la plus récente des courses. Je vois très bien l’arrivée de l’édition des années 80, l’année que vous voulez entre 80 et 90 on s’en fout, mais qui bien entendu n’a pas eu lieu. Imaginez ! « Ils sont six aux 500 mètres et on a peine à les distinguer. Daniel Mangeas ne respire plus que toutes les 4 phrases, le public tape sur les banderoles le long des barrières à s’en faire saigner les mains, Yvon Sanquer n’est pas encore un ex ancien futur nouveau directeur Sportif. Patrick Chassé et Jacky Durand jouent encore aux billes dans la cour de l’école et ne gagnent jamais, et David Lappartient qui vient à peine d’intégrer la maternelle préside déjà l’association des anciens de la crèche. 500 mètres de l’arrivée et ils s’observent. Marc Madiot lève sa grande carcasse et transforme son sourire en grimace il est devant, 250 mètres c’est Vincent Lavenu qui veut sortir mais Stéphane Heulot lui ferme la porte, 200 mètres Roger Legeay est en vitesse de pointe et prend le dessus, 150 mètres c’est Eric Boyer celui qu’on n’attendait pas, qui n’attend plus et se poste devant, 100 mètres voilà Jean-René Bernaudeau qui y croit, il n’a jamais cessé d’y croire… quand tout à coup… Tout à coup ! Venu de nulle part un homme coupe la ligne et la politesse tel un boulet de canon et de manière magistrale, comme un diable sorti de sa boîte, il s’impose devant tous les autres et c’est… Non c’est pas Jimmy Casper… ça va bien maintenant ! Non c’est… C’est moi ! Ouais ! »… Ben quoi merde ! On peut rêver, non ?
Enfin ! Quoi qu’il en soit, c’est fou ce qu’on peut gagner comme courses… mentalement, je veux dire ! Et je vous le préconise à vous jeunes coureurs : Rêvez au scénario des courses que vous allez gagner ! Vous allez voir… C’est génial ! ça ne se passe jamais comme on l’avait imaginé.
Marc Fayet Novembre 2009
publié le 6/22/2011 8:54:55 AM modifié le 6/22/2011 8:55:21 AM
 Marc Fayet Du Théâtre encore du Théâtre mais du vélo toujours du vélo Tout petit déjà il avait deux rêves, être comédien et Gagner le tour de France. Comme on le sait tous les rêves ne s’accomplissent pas alors il est parvenu à atteindre le premier et il cherche à fréquenter le second. Ami viscéral du cyclisme qui reste à ses yeux le plus beau sport au monde il n’a de cesse de lier ses deux passions. C’est pourquoi il aime à exercer ses talents d’auteurs au profit de l’univers Cycliste.
Auteur, comédien et producteur, il a joué et produit quelques succès de la scène Parisienne dont le fameux « Un petit jeu sans conséquence » qui en 2003 empocha 5 Molières dont celui de la révélation Masculine juste pour décorer sa cheminée. D’autres pièces comme « Jacques a dit » « La sainte Catherine » et dernièrement « Il est passé par ici » donnent une idée de sa production dramatique. Homme de théâtre passionné, il participe également à quelques productions cinéma comme « Si c’était lui » avec Carole Bouquet et Marc Lavoine ou encore plus récemment « Joséphine ange gardien » auprès de Mimi Mathy. Il termine actuellement une adaptation scénique du procès de Gaston Dominici que Robert Hossein mettra en scène dès Avril 2010 au Théâtre de Paris.
« Du Théâtre encore du Théâtre mais du vélo toujours du vélo » telle est sa devise.
publié le 6/22/2011 8:53:41 AM modifié le 6/22/2011 8:53:57 AM
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